Couverture du journal du 20/11/2020 Consulter le journal

Le CHU de Bordeaux à la pointe de l’innovation

Régulièrement distingué dans les classements indépendants, et notamment le dernier palmarès du journal Le Point dont il tient la première place, le CHU de Bordeaux est un pôle d’excellence qui ne cesse d’innover pour rester en pointe, notamment face au virus. Entretien avec son directeur, Yann Bubien.

CHU Bordeaux innovation

© CHU Bordeaux

Yann Bubien directeur du CHU de Bordeaux

Yann Bubien directeur du CHU de Bordeaux © FredEncuentra_BarbotStudio

Échos Judiciaires Girondins : Pour la quatrième fois en 5 ans, le CHU de Bordeaux est premier du classement des hôpitaux du Point. Qu’est-ce qui explique, selon vous, ce niveau d’excellence ?

Yann Bubien : « Nous sommes très fiers de ce palmarès. On retrouve beaucoup de spécialités de nos services dans les trois premières places du classement du Point, qui a lieu depuis une vingtaine d’années et dont, il faut le dire, la méthodologie est très solide. C’est vraiment réconfortant. Selon moi, il y a plusieurs raisons à cela : tout d’abord, nous avons une grande école de médecine à Bordeaux qui a toujours été réputée pour sa qualité. Cela nous permet d’avoir des équipes médico-soignantes (médecins mais également paramédicaux) de très haut niveau : on le voit au quotidien, même sans classement. Deuxièmement, il s’agit d’un CHU de grande taille, où travaillent 14 200 personnes. Mais cela reste un CHU à taille humaine, où tout le monde peut se parler. Troisième point, il y a un écosystème très favorable au sein du CHU, avec une bonne entente générale entre les acteurs, qui fait que l’on arrive à innover, à progresser, à se parler et à travailler ensemble. Il y a la technique et les outils, bien sûr, mais on le sait aujourd’hui, ce qui compte par-dessus tout en médecine, c’est l’humain : ce sont les équipes et leur capacité à travailler ensemble. »

Je veux développer au CHU des start-ups, des living lab, des boîtes à idées pour l’ensemble des professionnels de santé

EJG : L’innovation est un moteur pour le CHU, où elle est présente notamment grâce aux internes, qui développent des projets à l’intérieur du CHU et peuvent profiter de ses infrastructures…

Y. B. : « Nous avons de jeunes médecins qui se retrouvent dans le CHU de Bordeaux pour développer des applications, des projets innovants, etc. Il y a notamment Clément Goehrs, qui a créé Synapse Medicine (un assistant virtuel dédié au bon usage du médicament, NDLR), ou Nicolas Pagès, avec Satelia (application de télésuivi médical, NDLR). Je les connais très bien, je les vois régulièrement, je ne peux qu’encourager cela.

Je souhaite d’ailleurs qu’on développe encore davantage ce type d’actions, c’est pourquoi je crée ce mois-ci un cercle innovation au CHU de Bordeaux (voir EJG n° 6766-6767 du 13/11/20), une sorte de think tank transdisciplinaire sur l’innovation, dans lequel je vais inviter ces jeunes médecins, mais aussi tous ceux qui voudront participer, qui ont envie de partager des idées et de développer des projets innovants. Les invitations sont lancées et je suis très content car mon sujet, c’est de développer au CHU de Bordeaux des start-ups, des living lab, des boîtes à idées pour l’ensemble des professionnels de santé. »

 

CHU Bordeaux © CHU Bordeaux

CHU Bordeaux © CHU Bordeaux

 

EJG : Le CHU est très en pointe également en termes de matériel. Vous avez notamment inauguré une salle de chirurgie robotisée en septembre dernier…

J. B. : « Nous venons en effet d’ouvrir une très belle salle de chirurgie hybride, pour notre pôle cardiaque de Haut-Lévêque, qui combine l’imagerie de pointe et une salle d’opération de pointe. Le principe, c’est d’utiliser des techniques plus rapides, plus fiables, moins traumatisantes et moins invasives en cardiologie, grâce à des équipes pluridisciplinaires (cardiologue, chirurgien cardiaque, reprographie, infirmier de bloc, anesthésiste…). L’objectif est de faire des interventions cardiaques sans ouvrir le thorax. Nous pouvons par exemple changer les valves cardiaques en mode percutané, grâce à une imagerie en permanence pendant l’opération. C’est impressionnant et c’est surtout très utile, parce que cela permet aux patients de rester hospitalisés beaucoup moins longtemps, et c’est beaucoup moins douloureux pour tout le monde. Il devrait donc y avoir une série d’ouvertures du même type dans le CHU dans les mois qui viennent. »

Les médecins ont multiplié par dix le nombre de téléconsultations

CHU Bordeaux © CHU Bordeaux

CHU Bordeaux © CHU Bordeaux

 

EJG : L’innovation a-t-elle été l’une des réponses du CHU pour face à l’épidémie de Covid-19 ?

Y. B. : « Nous avons fait beaucoup de choses, et on peut dire que la crise sanitaire a été un accélérateur d’innovation. Tout d’abord, nous avons mis en place un dispositif, l’application « Ange-gardien – Rafael », qui permet de suivre les patients atteints du Covid à domicile, avec des étudiants en médecine qui les rappellent. Nous disposions déjà de la plateforme « Ange-gardien », destinée au suivi des malades chroniques, et pour laquelle on avait reçu un prix du magazine Acteurs publics. Nous avons réussi à très rapidement la transformer pour créer la branche « Rafael » pour les patients Covid.

Autre innovation : « Kanopée », un compagnon virtuel conçu par un psychiatre du CHU, le Pr Pierre Philip, qui permet de suivre les patients à domicile concernant les problèmes de sommeil, d’addiction ou de stress liés au confinement. C’est une réussite.

Le CHU de Bordeaux est impliqué dans une cinquantaine de programmes de recherche sur le Covid

Nous avons également mis en place la formation de SimforHealth, qui consiste à former des internes à la prise en charge des patients Covid par simulation, une technique à laquelle je crois beaucoup. Elle permet aux médecins d’apprendre en direct à répondre aux questions d’un patient ou d’un confrère sur le sujet. La société SimforHealth s’est d’ailleurs vue remettre un prix par La Tribune pour cette formation.

Enfin, puisqu’il s’agit d’un centre hospitalier universitaire, le CHU de Bordeaux est impliqué dans une cinquantaine de programmes de recherche sur le Covid, dont 8 pour lesquels nous sommes promoteurs, c’est-à-dire que nous conduisons les recherches. »

 

EJG : Le CHU a également fait preuve d’innovation en matière d’organisation…

J. B. : « On a parfois eu l’impression que c’était très difficile, mais on s’est malgré tout très vite adapté. On a vu qu’on pouvait être très innovant et travailler différemment. Les médecins, par exemple, ont multiplié par dix le nombre de téléconsultations, soit par téléphone, soit en visio. On a fait aussi beaucoup de télésuivi. Même les instances, les commissions médicales d’établissement, les réunions avec de nombreux autres établissements se font en visioconférence. Il y a encore quelques mois, ou même l’an dernier, ça nous aurait paru très difficile, voire quasi impossible. Mais c’est un peu l’ADN des hôpitaux de savoir réagir dans les situations d’urgence. Je suis aussi très présent sur les réseaux sociaux. On le voit encore plus avec le Covid, le CHU a un devoir de communication très important, et aujourd’hui, les réseaux sociaux, c’est ce qui est le plus utilisé par la population. Nous devons utiliser les outils de notre temps. »

 

EJG : Quels sont vos projets à venir pour le CHU ?

J. B. : « Nous avons de nombreux projets en développement. On peut notamment citer l’ouverture, prévue pour l’été 2021, de l’hôpital des enfants à Pellegrin : un bâtiment à la pointe de la technologie, avec des urgences et des blocs opératoires tout neufs.

Quand je suis arrivé à la tête du CHU de Bordeaux il y a un an, j’ai souhaité lancer un grand plan de rénovation et d’innovation. Je souhaite qu’on investisse fortement dans les produits, les appareils et les matériels innovants, et que l’on rénove l’ensemble du CHU. Cela prend du temps, parce qu’il est très gros. Mais j’ai la volonté de lancer de nombreux programmes, notamment de robotisation en bloc opératoire, de salles hybrides, de manière à ce que nos équipes médico-soignantes aient les meilleurs matériels, et que le CHU de Bordeaux soit véritablement à la pointe de l’innovation.

 


PARCOURS YANN BUBIEN

Depuis le 1er octobre 2019 : Directeur du CHU de Bordeaux

2017-2019 : Directeur de cabinet adjoint d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé

2011-2017 : Directeur général du CHU d’Angers

2009-2011 : Directeur de cabinet adjoint de Roselyne Bachelot, puis de Xavier Bertrand

2009 : Conseiller de l’ambassadeur de France au Royaume-Uni

2007-2009 : Conseiller au ministère de la Santé et des Sports

2005-2007 : Secrétaire général du centre hospitalier Sud francilien (Évry-Corbeil)

2000-2005 : Directeur de cabinet à la Fédération hospitalière de France, Diplômé de l’École des hautes études en santé publique (EHESP), d’un master d’éthique, de Sciences-Po Bordeaux et d’un master de droit (Université de Bordeaux)