Couverture du journal du 23/10/2020 Consulter le journal

Les experts-comptables sur tous les fronts

Crise sanitaire, relance économique, transition numérique… tels sont les grands sujets qui ont été au cœur des deux séances plénières du 75e congrès de l’ordre des experts-comptables, qui s’est tenu du 30 septembre au 2 octobre 2020, à Paris. Morceaux choisis.

Pour cette édition 2020, le Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables (CSOEC) avait choisi de placer son congrès annuel sur le thème « management x marketing x marque = l’équation gagnante » parce qu’il était important, selon Charles-René Tandé, président du CSOEC, « de traiter de l’attractivité de notre profession ». Marque du cabinet, structuration de l’offre, marque employeur, formation au management… un grand nombre d’ateliers, également accessibles à distance, ont ainsi permis aux congressistes de s’informer et de se former aux principes et techniques du marketing et du management.

GÉRER LA CRISE ET LA SORTIE DE CRISE

Sans surprise, l’autre grand thème de ce congrès 2020 aura été la crise et la relance économiques, au cœur des débats des deux séances plénières. Le président du CSOEC a souligné « la difficulté pour nos équipes de s’y retrouver dans tous ces dispositifs » déployés par le gouvernement pendant et pour après la crise. « Ce qu’il nous faut pour bien conseiller les chefs d’entreprise, c’est de la visibilité », a-t-il déclaré. Autre difficulté : le fait de décliner des dispositifs d’aide spécifiques par secteurs d’activité. « Ma crainte, c’est que l’on retombe dans les travers habituels, la règle et les exceptions », avec le risque que la profession se retrouve systématiquement « à gérer les exceptions ».

Autre préoccupation encore : la responsabilité juridique des dirigeants. « Il y a une telle accumulation de textes », « nos clients sont inquiets », a relevé Charles-René Tandé. « Nous nous sommes battus pendant le confinement pour que si jamais un de nos salariés contracte le Covid il ne puisse pas se retourner contre son employeur, s’il n’y a pas de faute intentionnelle », a expliqué le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), François Asselin.

Désormais, « il faut préparer l’après PGE [prêts garantis par l’État, ndlr] », car si « certaines entreprises n’ont pas trop souffert en trésorerie et pourront rembourser rapidement », ce n’est pas le cas de toutes les entreprises, a pointé le président du CSOEC. « Une grande majorité des Français pensent que les entreprises sont en train de se gaver » mais « nous ne sommes pas des chasseurs de primes, nous sommes des chasseurs d’activité », a déclaré François Asselin.

Nous avons été là pour conseiller 2,5 millions d’entreprises pendant la crise

Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Lemaire a, pour sa part, tenu à souligner « toute l’importance » qu’il accorde à leurs métiers [d’expert-comptable et de commissaire aux comptes] : « vous êtes le relais direct des politiques du gouvernement auprès des entreprises et je veux vous en remercier », d’autant plus que « je sais que vous avez traversé vous-mêmes des moments difficiles ». « Si les prêts garantis par l’État ont si bien marché c’est grâce à vous », de même que « les mesures d’exonérations de charges fiscales et sociales », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter « la crise n’est pas terminée » et « la survie de beaucoup d’entreprises dépend de votre mobilisation », « je compte sur vous », et de les remercier pour leur engagement au quotidien.

PILOTER LA TRANSITION NUMÉRIQUE DES PME

« Le gouvernement continue de tout faire pour accompagner les entreprises, pour que l’économie fonctionne », a expliqué Alain Griset, ministre délégué en charge des PME. « Les experts-comptables sont à la manœuvre pour rendre les mesures opérationnelles et j’ai confiance en leur professionnalisme. (…) Nous souhaitons l’opérationnalité du plan de relance, et l’objectif est que 30 % du plan de relance soit réellement utilisé dès 2021. (…) Nous continuerons également à nous appuyer sur les experts-comptables pour accompagner la transition numérique. »

« Nous avons été là pour conseiller 2,5 millions d’entreprises pendant la crise (…), nous serons là aussi pour accompagner leur transition numérique », a confirmé le président du CSOEC. « La transformation numérique de nos cabinets est déjà bien avancée et nous sommes prêts à aider nos clients PME à faire cette transition. » Entre le déploiement du télétravail, la généralisation des assemblées générales à distance ou l’envoi de documents dématérialisés, la crise a favorisé l’adoption de certaines bonnes pratiques en matière numérique qu’il serait souhaitable de conserver. Avec le projet de loi pour l’accélération et la simplification de l’action publique (ASAP), « nous devrions avoir des textes pour consacrer la dématérialisation » de différents process et documents. Un chantier qui ira de pair avec la généralisation progressive de la facturation électronique obligatoire.

 

MÉDIATEUR DU CRÉDIT INTERENTREPRISES

« Il faut que l’on fasse de la facture électronique un moyen de réduire les délais de paiement interentreprises » et « il faut donner à l’expert-comptable un rôle de médiateur du crédit interentreprises », a déclaré Cendra Motin, vice-présidente de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, avant d’ajouter que « les deux professions [expert-comptable et commissaire aux comptes] ont un rôle important à jouer dans la prévention des difficultés des entreprises ». « Nous avons un rôle à jouer pour éviter les dépôts de bilan », a confirmé Charles-René Tandé et « nous encourageons les chefs d’entreprise à faire un point dès maintenant, en isolant le coût Covid. »

« La confiance est fondamentale pour l’économie et pour la société, s’il n’y a pas de confiance, l’économie s’arrête », a rappelé le président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC), Jean Bouquot.

« L’expert-comptable est le bras droit du chef d’entreprise et c’est à nous d’aller vers les entreprises, pour leur expliquer en quoi nous apportons cette confiance. » « Nous avons un rôle de lanceur d’alerte auprès du chef d’entreprise, dans le dialogue et dans le secret des affaires », et il faut tout faire pour « éviter d’engorger les tribunaux de commerce ».