Couverture du journal du 18/09/2020 Consulter le journal

Le tourisme fluvial revit

La SAS « Bateaux pour la Planète » a créé le prototype Coche Solaire mis à l’eau en mai 2019. Prochain challenge pour 2020 : l’étape industrielle pour laquelle Dominique Renouf, la « conceptrice », cherche des actionnaires-acteurs pour que des péniches (catamarans solaires) naviguent bientôt en Lot-et-Garonne…

Le 25 mai dernier, Dominique Renouf interpelait les autorités : depuis le 11 mai, date d’ouverture de la pêche, les pêcheurs naviguent sur le Lot théoriquement fermé… Le 28 mai, la réouverture du Lot aval est officielle. Le Lot se trouve alors la première rivière de la région à ouvrir la navigation de plaisance ! Non sans humour, la marinière informe : « C’est la raison pour laquelle j’ai envoyé ma candidature, en qualité de chargée de mission de la voie d’eau, au Premier ministre car je pense qu’il ne connait pas les 8 500 km de voies d’eau de notre territoire, dommage ! ». Ces quelques lignes suffisent à définir Dominique Renouf : entreprenante, astucieuse, déterminée, drôle ! Femme « solaire », elle sait convaincre. Toujours pionnière, elle a basé sa vie sur une philosophie : « si une idée répond à un besoin, elle doit se concrétiser ». Quoi de mieux donc que son coche d’eau solaire, catamaran fluvial (coche d’eau) propulsé à l’énergie électrosolaire pouvant accueillir de 6 à 12 passagers (dont les personnes à mobilité réduite), bateau de location sans permis 100 % solaire, permettant de faire rimer proximité, écologie, zéro émission de CO2, découverte du tourisme fluvial et du fleuve local, retombées économiques pour le département.

Vivre le déconfinement sur le Lot

Alors que presque tous les départements tirent leur nom des fleuves et rivières qui les traversent, les Français sont moins nombreux que les étrangers à découvrir l’Hexagone en naviguant au fil de l’eau. Cet été ce paradoxe pourrait être inversé en raison des conditions post Corona. Une occasion rêvée pour Dominique Renouf qui voit là un nouvel atout pour le Lot où elle a amarré, quai des Gabarres à Casseneuil, son coche solaire. De son héritage breton, Dominique Renouf a gardé le goût de l’eau. Après avoir créé en 2006 le premier bateau-hôtel électrosolaire en Languedoc-Roussillon, elle est arrivée en 2011 sur le Lot. À l’époque, elle travaillait déjà depuis 2008 sur son concept.

En mai 2019, le coche solaire prend non la mer mais la rivière. Le projet initial est désormais de créer une flotte solaire et de s’équiper d’un outil d’assemblage pour répondre aux commandes extérieures. Dominique Renouf et son équipe étaient sur le point d’acquérir un terrain situé au Temple-sur-Lot sur lequel Enerlys, spécialisée dans les hangars solaires, avait accepté d’implanter un atelier de 700 m2 en échange de l’exploitation de toit solaire de 100 kW… Hélas, la crise est arrivée, tout a été bloqué, la saison a mal commencé… mais Dominique n’a pas abandonné ! « Relever de la crise sanitaire va être difficile, il faut être solidaire avec ceux qui osent… »

Redécouvrir la plaisance fluviale écologique

Pourtant ce projet innovant, soutenu par la Région et par une agence locale du crédit coopératif, a un énorme potentiel :  « La flotte solaire va redonner vie au Lot aval avec des retombées sur les commerces locaux ; cette partie du Lot a un énorme potentiel puisque les 78 km navigables à ce jour comportent très peu d’écluses et par rapport au Lot amont (qui n’a pas plus de km navigables et pourtant une flotte de 60 unités diesels) la navigation y est beaucoup plus facile, la rivière plus lumineuse, plus poissonneuse en bref un vrai paradis fluvial ».

Trois nouveaux actionnaires viennent de rejoindre les actionnaires fondateurs (La Financière Pouyanne et les actionnaires supporters de « Bateaux pour la Planète » : le chantier naval Métachantier (Rhône), la société VebraT et la société Nautelec (Loire-Atlantique). « C’est toute une synergie de compétences qui se projette pour développer le renouveau d’un tourisme fluvial innovant avec pour ambition de protéger la planète et de garantir au maximum la sécurité des usagers. »

Du prototype à l’industriel

Le développement de l’entreprise passe aujourd’hui par la création de l’atelier où sera fabriquée une gamme de quatre modèles de coches solaires plus ou moins grands, l’objectif étant d’en produire une douzaine par an à la vente ou à la location. Le premier coche solaire navigue ainsi entre Aiguillon et Fumel. Au-delà de la « ballade », il peut devenir studio de radio ou de TV ou « base » de pêche pour les amateurs. Les prix sont ajustés pour être accessibles au plus grand nombre. Grâce à son type de propulsion, le fonctionnement du bateau est 48 fois moins élevé que celui d’un bateau diesel.