C’est toujours la même porte bleue monumentale avec son précieux heurtoir, la même cour carrée et le même bâtiment élégant. Pourtant, l’entrée se fait désormais par un décroché avec vue sur la rue adjacente et le ciel de Bordeaux. L’hôtel particulier de Lalande, qui abrite le Musée des arts décoratifs et du design (Madd), rouvre ses portes après trois ans de travaux. L’ensemble du bâtiment a été transformé, avec de larges ouvertures vitrées qui dématérialisent ainsi les espaces.
Cette articulation relie l’historique hôtel particulier datant du XVIIIe siècle et l’ancienne prison, classés monuments historiques. Pour ce projet, mené par les architectes Aymeric Antoine et Pierre Dufour, des matériaux bruts ont été choisis : métal, verre, pierre révélée et béton ciré, qui viennent magnifier ces bâtiments. Débarrassé de ses fastes, l’hôtel particulier exprime totalement sa beauté brute qui fait ressortir son classicisme tandis que l’ancienne prison conserve son atmosphère singulière.

La salle des vases, tout en transparence. © Nathalie Vallez
Transparences
On entre désormais par la boutique, assortie d’une partie salon, avec banquette en demi-cercle. Cet espace a été aménagé par le designer Jean-Baptiste Fastrez, qui lui a donné un caractère domestique en écho au lieu de vie qu’était l’hôtel particulier. L’espace d’accueil en suivant est décoré d’une vue du port de Bordeaux, de l’artiste Antoine-Alexandre Marolles, datant de 1738, présentant un travail de miniaturiste exceptionnel. Il débouche sur le cabinet des arts graphiques, consacré jusqu’à la fin du mois d’août à Regards croisés, la collection de dessins de Jacques Sargos, écrivain et marchand d’art bordelais.
La visite se poursuit par de grands linéaires, tout en transparence, la salle des vases puis d’une exposition de 80 pièces de céramiques Corps sensibles (jusqu’à janvier 2028). Panse, peau, lèvres, rituel funéraire, toutes ont pour dénominateur commun le corps humain.

Articulation entre les deux bâtiments : une fenêtre guillotine impressionnante. © Nathalie Vallez
Barreaux
Au cœur de cette réalisation, un espace décaissé, ouvrant sur la rue d’un côté et une cour de l’autre, avec une impressionnante fenêtre à guillotine avec châssis acier et des panneaux de verre de 8 mètres de large sur 3,20 mètres de hauteur (une prouesse technique).
Il mène à l’ancienne prison destinée aux expositions temporaires de design : deux cours centrales autour desquelles sont distribuées douze cellules coiffées d’un œil-de-bœuf à barreaux. Là encore, le toit a été rehaussé et coiffé de panneaux de verre, laissant entrevoir un peu de ciel précieux.

Tabourets Drop et bureau collection Floater de Pauline Deltour. © Nathalie Vallez
Étoile filante
C’est dans cet espace qu’est organisée la première grande exposition consacrée à la designer Pauline Deltour, une apparente simplicité disparue en 2021. Cette exposition posthume est un projet lancé il y a deux ans par Constance Rubini, directrice du Madd. La première cour centrale est occupée par une longue table sur laquelle sont présentés des objets du quotidien, fruits des différentes collaborations avec de nombreux éditeurs. L’autre cour présente une sélection de meubles : fauteuils, tabourets, chaises, luminaires… tous d’une simplicité et d’une efficacité remarquables.
Tout autour, les cellules offrent des zooms sur certaines collaborations : arts de la table Alessi, cires Trudon, collection de bagues Étreintes pour JEM, vélo Yellow Innovation, ou encore service à thé en porcelaine Arita. L’une des cellules est consacrée à son processus de création, avec des photos, ses carnets de croquis, son appareil photo. Extrêmement émouvante, cette rétrospective montre la prolixité de l’œuvre, en seulement 10 ans, d’une jeune créatrice qualifiée d’ « étoile filante du design ».
Un projet à 14,4 millions d’euros
La transformation du musée des Arts décoratifs et du design a nécessité trois ans de travaux (2023-2026) pour un budget total de 14,4 millions d’euros hors taxes. Il a été cofinancé par la ville de Bordeaux, l’État, la Région, l’Europe ainsi que des mécènes. La rénovation des salons et des boiseries de l’hôtel particulier sera, elle, programmée de novembre 2026 à fin 2027.