Couverture du journal du 25/11/2022 Consulter le journal

Mérignac, l’aéroport en transition

Le monde change et l’aéroport s’adapte. Biocarburants, amélioration des services, salon de l’emploi, nouvelles lignes… Dans un contexte difficile, malgré les critiques et une saison estivale riche mais délicate, Simon Dreschel, directeur de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, trace sa feuille de route et sa stratégie à venir.

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Échos Judiciaires Girondins : Cela fait un peu plus d’un an que vous avez pris la direction de l’aéroport de Bordeaux. Vous avez eu beaucoup de dossiers à traiter, des défis et surtout la reprise après la période Covid…

Simon DRESCHEL : « Oui, c’est un contexte bien particulier depuis août 2021, ça évolue vite dans notre métier, avec une remise en question pour l’aéroport. C’est vrai pour tout le monde de l’aérien. Nous sommes en train d’écrire notre stratégie sur les 5 ans à venir : le monde change et l’aéroport doit adapter son modèle. Sur cette année écoulée, nous avons retravaillé l’équipe de direction, relancé des projets et géré le quotidien parce que l’aéroport tourne, la saison estivale a été chargée… On a nos sujets du quotidien et nos sujets de vision des années à venir. »

 

EJG : Ce n’est pas difficile de promouvoir l’aérien à un moment où prendre l’avion devient de plus en plus culpabilisant ?

S. D. : « On a un positionnement à trouver, qui n’est plus le même que celui en vigueur il y a quelques années. On prend le parti de s’impliquer véritablement dans la transition écologique en devenant producteur d’énergie, pour nous et pour le territoire. Cela pose la question de l’utilité de l’aéroport. Ce ne sera plus seulement une infrastructure où l’on prend son avion, mais celle qui a un rôle sur le territoire d’utilité de service public. »

 

EJG : Comment allez-vous produire cette énergie ?

S. D. : « Tout d’abord avec la mise en place de panneaux photovoltaïques sur le P0 et on ira progressivement vers le P4, en couvrant le maximum de surface. Notre objectif est de produire au moins 50 % de notre énergie de manière verte sur les 5 ans qui arrivent. On a aussi la chance d’être porteurs en géothermie, ça nous permettra d’être autonomes car aujourd’hui nous sommes chauffés au gaz. L’autre pan de notre stratégie, c’est d’améliorer notre qualité de services. Notre aéroport a été critiqué sur ce volet-là, donc on a pris le pari d’améliorer la qualité de nos services et de notre accueil. »

 

EJG : Le site Holidu qui a qualifié Mérignac de « pire aéroport d’Europe » met en effet en avant le manque de confort des halls, vous allez retravailler l’aménagement ?

S. D. : « On ne sait pas très bien à partir de quoi, mais il en ressort qu’on est les plus mauvais, les plus nuls ! (rires) On a pris beaucoup de recul, on connaît très bien cette question de la qualité de l’accueil puisqu’on est dans un programme international qui s’appelle ASQ et qui permet d’identifier chaque pan de la qualité de service : qualité de l’accueil, confort thermique, signalétique, accès à l’aéroport, wifi. On travaille chaque pan de manière très rigoureuse. On connaît nos faiblesses… On va traiter le confort thermique des halls, les sanitaires qui ne sont pas au niveau : c’est un investissement important à mener, avec l’accessibilité de l’aéroport qui s’améliore d’ores et déjà, la végétalisation, des jardins au niveau du hall B. On écoute ce qu’on nous dit. On est sans complexes ! Parce qu’on a des faiblesses mais aussi des forces : on peut se garer près du hall, prendre son avion relativement rapidement, on est un vrai aéroport à taille humaine et on doit le travailler comme un atout. On est 3e en ponctualité en Europe, on sait aussi faire des classements là où on est bons ! On progresse. »

Notre objectif est de produire au moins 50 % de notre énergie sur les 5 ans qui viennent

Simon Dreschel, aéroport Bordeaux-Mérignac

Simon Dreschel, directeur de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac © Aéroport de Bordeaux

 

EJG : Ce site fustigeait également des grèves de personnel. Ça veut dire qu’à Bordeaux, il y en a plus qu’ailleurs ?

S. D. : « Ce n’est pas le cas. Des grèves des prestataires, il y en a partout en Europe. Pendant la saison estivale, c’était plutôt calme, on parlait plutôt de Londres ou d’Amsterdam. C’est un contexte de l’aérien qui est vrai partout en Europe : les prestataires des aéroports se remettent beaucoup en question, on a de gros problèmes de recrutement. On a des problèmes d’assistance technique, essentiellement aéroportuaires, ça concerne particulièrement les métiers de la piste, ce sont des métiers sur lesquels on a du mal à recruter. Dans ce cadre-là, loin d’être spectateurs, on a choisi de mener des salons de l’emploi, en tant qu’exploitants aéroportuaires.

Le 17 novembre, on réunit tous les acteurs, Pôle Emploi et nos prestataires, dans l’espace affaires de l’aéroport. On présentera les différents métiers pour attirer des candidats. C’est un bel événement avec des conférences pour animer toute cette communauté. On s’implique parce que les faiblesses de nos prestataires deviennent les nôtres. Nous aussi on se doit d’être attractifs et de conserver nos talents. »

 

EJG : Comment s’est passée la saison estivale ?

S. D. : « Plutôt bien d’un point de vue fréquentation, on a dépassé nos prévisions avec 1,3 million de voyageurs sur la période juillet-août. C’est plutôt une belle fréquentation, l’été a été compliqué avec ce qu’on connaît, mais on voit que l’aérien fait encore envie. Ça a été très intense parce que c’était la vraie saison estivale de reprise après le Covid : on a rouvert le hall Billi fermé depuis 2 ans, donc il a fallu trouver le personnel, relancer toutes les lignes. On est plutôt satisfaits ».

 

EJG : Y a-t-il eu beaucoup de problèmes de retards ? d’annulations ?

S. D. : « En horaires, mis à part quelques problèmes, on a été assez ponctuels. Après, sans revenir sur ce qui a déjà été dit, ce qui a fait beaucoup parler ce sont des problèmes pendant la canicule. On a une infrastructure qui n’est pas adaptée pour une température de 42°. »

 

EJG : Quelles destinations ont très bien marché ?

S. D. : « Nos lignes transversales en France : Lyon, Nice, Charles-de-Gaulle… Après les grosses destinations de Bordeaux c’est l’Espagne, l’Italie, Londres. Notre métier, c’est vraiment la liaison européenne. Nos lignes de rayonnement, qui ne sont pas celles qui font le plus de flux mais qui assurent notre portée : la Guadeloupe, Montréal. »

 

EJG : Vous parliez de Charles-de-Gaulle, où en est-on concernant la liaison avec Orly ?

S. D. : On parle de ce sujet chaque semaine : les acteurs économiques sont très pénalisés car cela concernait 600 000 passagers. Ces gens-là travaillent toujours autour de l’aéroport. On déplore l’impact économique mais notre rôle c’est d’évoluer avec ce monde qui change. On a un enjeu carbone, et entre 2 villes reliées par le train en 2 h, on comprend bien qu’il y ait des mesures. Il y a des solutions avec les biocarburants : on est le seul aéroport à plus d’un million de passagers à proposer des biocarburants permanents. C’est une piste pour rouvrir des lignes. Une autre c’est l ’A220 d’Air France, qui est un avion très moderne, très performant, qui diminue les émissions carbone. L’approche qui serait pertinente, ce serait d’avoir des lois motivantes pour innover, parce que celle-là est très restrictive. Il y a beaucoup de choses à créer. La CCI se bat beaucoup là-dessus, l’Union des Aéroports Français également, mais on n’a aucune certitude. Il faudrait rouvrir le sujet avec une approche développement durable : il y a plein de choses à créer, sans nier l’enjeu climatique. »

On va travailler de manière rigoureuse sur la qualité de l’accueil, la signalétique, les sanitaires qui ne sont pas au niveau…

aéroport Bordeaux-Mérignac

Aéroport Bordeaux-Mérignac © Shutterstock

 

EJG : Du coup, les entreprises du secteur sont obligées d’affréter des avions privés pour pallier ce manque ?

S. D. : « Il y a eu un peu de report sur l’aviation privée, et un peu sur Charles-de-Gaulle. On avait une clientèle spécifique, d’ingénieurs, donc le report est limité. »

 

EJG : L’aviation d’affaires est-elle importante pour l’aéroport ?

S. D. : « Oui c’est important parce que ce sont des clients réguliers, et c’est un outil de développement économique. On a besoin de cette aviation-là. On a une variété d’activité très importante : on parle beaucoup des compagnies aériennes, c’est le plus gros de notre activité, mais on a aussi tout le service public, les hélicoptères de la gendarmerie, de la sécurité civile, les douanes, les vols sanitaires. Cet été on a accueilli les canadairs pendant les feux de forêts, en partenariat avec la base militaire. On a beaucoup de métiers différents, l’aviation d’affaires en fait partie. On a aussi toute l’industrie : les avions de Dassault : les falcons, les rafales, tout est assemblé ici. On a des vols militaires. On a des gros porteurs qui se posent pour la maintenance. On a le Zéro-G, l’avion qui permet de faire des tests en apesanteur. On a du fret : les fameux colis Amazon ! On a aussi une activité domaniale, le fait d’implanter des entreprises, qui n’a pas forcément de rapport avec l’aérien. On a une société qui fabrique des vélos-cargos, parce que pour nous ça a un sens, ça s’inscrit dans une stratégie de transition écologique. On doit avoir cette polyvalence. »

La ligne vers Essaouira revient à partir de janvier

EJG : Il y a aussi l’implantation du 45ème parallèle à côté de l’aéroport…

S. D. : « C’est un projet mené par un promoteur immobilier, Nexity, sur notre assise foncière avec 5 bâtiments de bureau, 2 hôtels et un centre de congrès qui ressemble à la tour de contrôle, on ne peut pas le louper en arrivant ! On voit ça d’un très bon œil, car ça vient enrichir la zone, c’est de l’activité. C’est très pertinent. Ça améliore aussi l’accessibilité de l’aéroport, ça donne une image différente. Le tram arrive également, on a une vitrine qui change. »

 

EJG : Le tramway qui est reporté à avril 2023…

S. D. : « On a hâte qu’il arrive. Il faut qu’on soit multimodal, avec le tram, des pistes cyclables. Ça va vraiment changer notre image. À l’heure des bilans, les salariés doivent avoir d’autres moyens de transport. C’est très important. »

 

EJG : Quel est le bilan de cette année en cours ?

S. D. : « Cette année on sera à 5,6 millions de passagers (c’est notre projection) avec une référence 2019 à 7,7 millions. Donc on est vraiment dans la reconstruction de notre volume de passagers. On est encore loin de ce qu’on faisait avant. On recherche avant tout une adéquation entre ce que le territoire veut qu’on soit et nos ambitions. C’est une démarche de sobriété, de développement raisonnable. Le monde a changé, le volume doit être plus premium, on doit faire du tourisme d’affaires. C’est notre stratégie de rechercher des compagnies plus premium. »

 

EJG : Quelles sont les nouvelles destinations ?

S. D. : « Copenhague depuis le 10 novembre avec Easy Jet. C’est une belle ligne, pas que touristique, économique aussi. On a aussi Saint-Jacques-de-Compostelle et la Guadeloupe qui sont renforcés sur l’hiver. Essaouira revient à partir de janvier. Au printemps prochain, on aura Eindhoven (Pays-Bas) qui sera lancé par Transavia. C’est un bon signal avec une nouvelle compagnie. On avait 90 destinations cet été contre 130 en 2019. Les programmes été et hiver s’enchaînent à une vitesse folle. C’est la vie de l’aéroport d’avoir des lignes qui s’arrêtent et d’autres qui ouvrent. On les pousse aussi pour qu’elles tentent des choses. Mais on garde toujours nos destinations stables ! »

 

45 ÈME PARALLÈLE : LIVRAISONS POUR LA FIN DE L’ANNÉE

Le projet immobilier 45ème parallèle, situé sur le site de l’aéroport, va bientôt connaître une vague de livraisons. Situé sur un terrain de 66 341 m2, cet ensemble immobilier d’envergure, porté par Nexity, est constitué de plusieurs bâtiments, et structuré autour d’un jardin central piéton de 2 hectares, des jardins de rive et d’un parvis. Seul le premier immeuble de bureaux « Turin » a été livré en avril dernier.

« L’hôtel Sheraton Bordeaux Airport by Marriott, son centre de congrès et le parking silo seront livrés en décembre prochain », note Laura Portier, en charge du projet pour l’agence d’architecture Lacrouts & Massicault. L’hôtel Sheraton, un 4 étoiles qui comptera 177 chambres, sera équipé d’une terrasse, d’un espace bien-être et d’une piscine panoramique au 5e étage. Quant au centre des congrès, il regroupera un espace de coworking et plusieurs salles, dont une grande réservée à l’événementiel. Dans les prochaines phases, le démarrage de l’hôtel 4 étoiles Moxy (158 chambres) et l’immeuble de bureau Wanaka est prévu pour le printemps 2023 et les derniers immeubles, Fundy et Portland, sont programmés pour 2024.

 

L’ÉCOSYSTÈME AÉROSPATIAL RÉUNI À MÉRIGNAC

« Le Cockpit » est encore en cours de construction, mais il devrait héberger d’ici septembre 2023 une bonne partie de l’écosystème aérospatial-défense girondin, avec vue sur les pistes de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, en voisinage direct de Dassault Aviation. « Nous occuperons 6 500 m2 de ce bâtiment qui accueillera un centre d’affaires, une pépinière d’entreprises, les start-ups en incubation chez Bordeaux Technowest, des entreprises d’ingénierie aéronautique telles que Sogeclair ou Segula, mais aussi différents acteurs institutionnels comme Aerospace Valley Bordeaux, qui devrait emménager avec nous », précise Adrien Selvon, responsable de la filière aéronautique-spatial-défense chez Bordeaux Technowest. Hébergeant le siège de la technopole, « Le Cockpit » disposera d’un Fablab, d’espaces événementiels, d’un amphithéâtre et même d’une volière pour drones.