Couverture du journal du 23/02/2024 Le magazine de la semaine

Olivier Valmier : Chercheur de trésors

NOUVELLE-AQUITAINE : Commissaire-priseur, Olivier Valmier est le nouveau délégué indépendant de Sotheby’s pour la région Nouvelle-Aquitaine. Installé place Saint-Christoly, à Bordeaux, il s'attache à dénicher les beaux objets qui se cachent derrière les murs des propriétés néo-aquitaines et à les vendre de la meilleure manière pour ses clients.

olivier valmier

Olivier Valmieur, commissaire-priseur, délégué Sotheby's en Nouvelle-Aquitaine ©Louis Piquemil

Échos Judiciaires Girondins : Vous êtes le délégué Sotheby’s Nouvelle-Aquitaine. Pourquoi est-il nécessaire, pour cette grande maison, d’avoir un représentant sur le territoire ?
Olivier Valmier : J’ai été commissaire-priseur chez Sotheby’s pendant 6 ans, entre Paris, Londres et Hong Kong, en tant que spécialiste du département des arts d’Asie. Sotheby’s est une maison de vente d’œuvres d’art et d’objets de luxe qui vise l’excellence et dont le réseau de clientèle internationale attend des choses exceptionnelles. Elle compte une dizaine de lieux de vente et environ 50 bureaux de représentation dans le monde, ainsi qu’une dizaine de délégués Sotheby’s en France, mais je suis le seul commissaire-priseur. Il est nécessaire d’avoir un représentant en Nouvelle-Aquitaine pour les très belles pièces qui sont ensuite envoyées à Paris. Sotheby’s est une maison qui peut sembler impressionnante, impénétrable. C’est pourquoi la proximité est importante, j’ai donc souhaité avoir un bureau convivial et accessible, en rez-de-chaussée, place Saint-Christoly, dans Bordeaux. On y parle d’art et ensuite, de business.

 

EJG : Vous êtes également associé dans la maison de vente Aponem, présente en région parisienne et en Gironde…
O.
V. : Commissaire-priseur à Drouot avant de rejoindre Sotheby’s, je suis souvent allé chez les gens dans le cadre de successions pour évaluer leur collection. Avec Sotheby’s, on ne prend que quelques pièces exceptionnelles. Pour le reste, les gens devaient se tourner vers un acteur local. J’ai toujours été un peu mal à l’aise et frustré à l’idée de ne pas pouvoir gérer un client à 100 %. Donc quand Alain de Baritault, délégué Sotheby’s à Bordeaux, a pris sa retraite, j’ai proposé de reprendre ce rôle en tant qu’indépendant. Je suis parallèlement associé avec un Bordelais, Tristan Favereau, dans une vieille maison de vente française, Aponem, présente à Cergy-Pontoise en région parisienne et à Bordeaux. Et quand Sotheby’s ne peut pas traiter l’entièreté d’une maison, je vends les pièces secondaires dans mon hôtel des ventes de Pessac-Canéjean pour Aponem-Atlantique ou du Val d’Oise pour Aponem à Paris.

EJG : Comment procédez-vous pour définir par quel canal une pièce sera vendue ?

vente aux enchères

©D.R.


O.V. : C’est très clair. Sotheby’s a accepté que je sois à la fois commissaire-priseur et représentant Sotheby’s parce qu’ils savent que je connais très bien la maison et ses attentes. J’estime les œuvres, je sais à qui les adresser, comment on les expertise, quelles sont les lois et les normes internationales. Je suis leurs yeux sur place. Quand je gère une succession, je fais un inventaire. Mes clients me disent ce qu’ils veulent garder. Ensuite, soit nous faisons une vente courante (sans catalogue) soit une vente cataloguée, et on vide le reste. Seules les pièces exceptionnelles partent chez Sotheby’s.

EJG : Lorsqu’une pièce est vendue par Sotheby’s, comment est désigné le lieu de vente ?
O.V. : Cela peut être une question de timing : si l’acheteur est pressé, alors on vendra l’objet lors de la prochaine grosse vente, en tenant compte de la durée nécessaire pour les expertises. Le lieu de vente peut aussi être choisi en fonction de la nature de l’objet. Un collectionneur bordelais m’a par exemple proposé un tableau de Tadeusz Makowski, un peintre juif de l’Est associé à l’École de Paris (1900-1950), vendu 100 000 euros. Historiquement, les ventes de ce type de peintures se faisaient à Londres. Mais le Brexit a engendré des taxes pour les ressortissants de l’Union européenne. Et comme Sotheby’s a ouvert un bureau à Cologne, en Allemagne, ces ventes se font désormais là-bas. Il y a une certaine géographie de l’art : les ventes d’art d’Asie se font à Paris, Londres, New York, Hong Kong ; les ventes de bijoux à Paris, Genève, New York, Hong Kong… Ces dernières années, Sotheby’s a également fortement développé les ventes en ligne live, avec un réseau d’acheteurs solides. Mais aussi les ventes de gré à gré, qui consistent à réaliser des ventes privées directement auprès d’un acheteur.

EJG : Chaque objet doit-il être expertisé avant d’être vendu ?
O.V. : Le marché de l’art est régi par des règles, des comités de certification et des lois différentes pour chaque domaine. Si vous vendez un meuble en marquèterie, par exemple, il faut savoir que certains bois sont interdits à l’export aux États-Unis. Les bijoux en diamant doivent obtenir des certificats internationaux délivrés par des laboratoires de gemmologie. Si vous vendez un sac Hermès en crocodile, vous devez savoir à partir de quelle date vous avez le droit de le vendre avec ou sans l’accord du CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). Si vous souhaitez vendre des objets en ivoire, de nombreuses pièces justificatives sont nécessaires… Tout cela représente des frais et du temps. Nous sommes là pour informer nos clients et leur permettre de ne pas en perdre.

Olivier Valmier

©Louis Piquemil

EJG : Quels types d’objets intéressent Sotheby’s sur le territoire néo-aquitain ?
O.
V. : Il y a beaucoup de collectionneuses et de collectionneurs dans la région. De très jolies choses se cachent dans les maisons bordelaises et dans les propriétés viticoles, certaines possédant même leur musée privé. C’est assez surprenant et très disparate : il y a de l’art d’Asie, de l’art moderne, de l’art contemporain, du luxe, du design et beaucoup de bijoux. Par exemple, un client du Cap-Ferret m’a récemment proposé un Bouddha en bronze doré de la fin du XVIᵉ-début du XVIIᵉ siècle, vendu 130 000 euros par Sotheby’s en juin, sous mon marteau. À Saint-Émilion, une femme m’a fait venir pour des masques africains de la collection Vérité, les plus grands marchands d’art primitif du XXᵉ siècle. Ses parents avaient aidé cette famille juive pendant la Seconde Guerre mondiale et ils ont été remerciés avec une dizaine de sculptures. Sotheby’s en a gardé deux pour sa vente de prestige. J’ai vendu les autres. Cette femme avait également un vase hibou de Picasso que nous avons vendu 30 000 euros. Sotheby’s a aussi ouvert un département spécialisé dans le vin depuis 3 ans, qui monte en flèche.

« De très jolies choses se cachent dans les maisons bordelaises et dans les propriétés viticoles, certaines possédant même leur musée privé »

EJG : Pouvez-vous nous citer quelques ventes records ?
O.
V. : Mon prédécesseur Alain de Baritault a vendu à New York en 2008 un triptyque de Francis Bacon trouvé dans la région bordelaise plus de 86 millions de dollars ! Mon record personnel, qui est également celui de Sotheby’s France, est la vente d’un vase impérial chinois très rare que m’a confié une femme originaire de Nouvelle-Aquitaine, en 2018. Les enchères sont montées à 16,2 millions d’euros. Plus récemment, j’ai trouvé à Bordeaux un bouddha en bronze doré de l’époque Yongle, la dynastie d’empereurs qui ont érigé la cité interdite au XVe siècle, vendu 500 000 euros. Sotheby’s permet ces grosses envolées qui peuvent changer la destinée d’une famille.

EJG : Comment se rémunère Sotheby’s ?
O.
V. : Nous sommes dans un marché où l’on n’achète pas les biens de nos clients. Nous les vendons ensemble, main dans la main. En tant que représentant, Sotheby’s prend une commission sur le prix de vente, qui s’inscrit dans la liste des frais totaux, aux côtés des taxes. Les frais représentent autour de 27 % du prix final, puis sont dégressifs au-delà de certains paliers. Par exemple, le vase impérial record a été tapé à 14 millions d’euros, pour un prix de vente de 16,2 millions d’euros (soit un peu moins de 16 % de frais, NDLR).

« Mon prédécesseur Alain de Baritault a vendu un triptyque de Francis Bacon trouvé dans la région plus de 86 millions de dollars ! »

EJG : Comment avez-vous développé votre réseau à Bordeaux et fait en sorte que les gens vous ouvrent les portes de leurs maisons ?
O.
V. : J’organise tous les deux ou trois mois des conférences, lors desquelles je fais venir des spécialistes internationaux que je reçois place Saint-Christoly ou chez Sotheby’s Realty, l’agence immobilière, qui a aussi un réseau intéressant. Nous faisons en sorte de rappeler que le marché de l’art, ce sont de gros montants, mais il y a aussi le côté culturel et historique. J’ai par exemple invité un spécialiste des montres Rolex, organisé une conférence sur le diamant, et une autre sur Hermès, qui a rencontré un franc succès, avec la directrice du département sacs et accessoires de luxe de Sotheby’s, Aurélie Vassy. Une cliente m’a d’ailleurs confié un sac Hermès tout neuf vendu 33 000 euros. Suivie par d’autres…