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Pessac : Serma Group, toujours à la pointe

Créé il y a 35 ans autour des métiers de l’électronique, Serma Group est aujourd’hui une ETI de 1 500 personnes qui pèse 200 millions d’euros de chiffre d’affaires. Avec une stratégie de croissance ambitieuse, financée par des LBO réguliers, le groupe est devenu un expert de rang européen. Après d’importants investissements en 2025, dans la mobilité électrique et la microélectronique, le groupe prévoit cette année d’augmenter son empreinte sur les secteurs dynamiques de la défense, de l’IA, du médical, et à l’international.

Serma Group, ETI

Pierre-Olivier Besombes, directeur général de Serma Group © Louis Piquemil / Echos Judiciaires Girondins

En 35 ans d’existence, Serma Group est parvenu à se hisser au rang d’ETI, avec près de 1 500 collaborateurs, dont un tiers en Nouvelle-Aquitaine, et un chiffre d’affaires consolidé de 200 millions d’euros en 2025. Fondé à Pessac autour des métiers de l’électronique, le groupe s’est développé jusqu’à compter plus de 33 implantations dans le monde, principalement en France, et 35 000 m2 de sites industriels avec laboratoires, salles blanches, zones de production et plateaux d’essais.

« Nous nous définissons comme un acteur global et multisectoriel dans les métiers de l’électronique », affiche Pierre-Olivier Besombes, directeur général de Serma Group. La société travaille principalement pour les secteurs de l’automobile (25 % de ses marchés), de l’aéronautique et de la défense (30 %), du spatial (10 %) et de l’industrie en général. Elle réalise 15 % de son activité à l’export, notamment à travers sa filiale américaine, Serma US. « Notre ambition est de faire beaucoup plus, en avançant nos pions dans des régions stratégiques comme l’Inde et la Chine, et en allant capter des clients qui souhaitent se déployer en Europe », annonce-t-il.

Une supply chain souveraine

L’activité de Serma Group repose sur six piliers, à commencer par les technologies de l’électronique et des matériaux. « Nous sommes le plus gros laboratoire européen privé en électronique », affirme Pierre-Olivier Besombes. Mais aussi la sûreté et la cybersécurité, avec une équipe de 220 ingénieurs travaillant en cybersécurité offensive (les fameux « hackers éthiques »), cybersécurité défensive, conseil et audit.

« Nous sommes le plus gros laboratoire européen privé en électronique »

Les systèmes embarqués, activité pour laquelle Serma installe chez ses clients des plateaux de services en ingénierie. « Nous développons aussi nos propres produits, comme le crash recorder embarqué de série sur les plateformes d’Airbus Hélicoptères, les calculateurs de commande de moteur pour Ariane Group, ou encore les systèmes embarqués de traitement de flux vidéo qui équipent le Rafale standard F5 », énumère le directeur général.

Serma Group est également « l’une des rares sociétés françaises » encore en capacité de designer, assembler et produire des composants microélectroniques à façon, les ASIC, des circuits intégrés spécialisés. « Nous pouvons designer et faire de grandes séries que nous sous-traitons. Et nous avons à La Rochelle une unité de production et d’assemblage souveraine, reposant sur une supply chain souveraine, pour des petites séries destinées à nos clients stratégiques des secteurs de l’aérospatial-défense, tels que MBDA, Thales DMS ou Ariane Group », détaille Pierre-Olivier Besombes.

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Centre d’essais abusifs de Neuville-aux-Bois. © Serma Group

Énergie

Cinquième pilier de l’entreprise, sur lequel elle a investi massivement ces dernières années : l’énergie, et en particulier la mobilité électrique. « Nous sommes experts de toute la chaîne de traction des véhicules avec les batteries, l’électronique de puissance et les moteurs électriques », énumère le dirigeant. Serma Group étant un partenaire essentiel de Renault Group.

L’entreprise s’est également positionnée sur l’hydrogène, avec le rachat de la société toulousaine H2Pulse, en 2023. « L’hydrogène a énormément ralenti, mais nous restons persuadés que c’est un vecteur de croissance à terme. Nous maintenons donc un certain niveau d’activité avec des clients stratégiques sur la mobilité lourde (maritime, ferroviaire), notamment ».

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Dans l’usine de test de cellules et modules de batterie d’ACC, à Martillac. © Serma Group

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Les tests abusifs de batteries et véhicules électriques consistent notamment à mettre les batteries dans des conditions extrêmes de température. © Serma Group

Télécoms

Enfin, Serma Group développe ces dernières années un sixième pilier : les télécommunications. Reposant sur la société AW2S, acquise en 2017, « dernière société française détenant la compétence intégrale du savoir-faire 5G au niveau hardware, logiciel et système, cette activité consiste à créer des réseaux 5G privés utilisant des stations de base compactes et performantes », décrit Pierre-Olivier Besombes.

Cela permet de créer des réseaux privés sur des sites industriels utilisant des robots ou de l’IoT embarqué, ou dans les hôpitaux, pour réduire la latence dans les salles d’opération robotisées. « Nous pouvons aussi faire du broadcast vidéo, comme lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris ou pendant l’épreuve de voile », confie Jérémy Tastet, cofondateur et directeur commercial AW2S.

Autres dérivés : « Nous pouvons créer des bulles tactiques de communication sécurisée pour le secteur de la défense. Et travaillons avec des acteurs du new space qui déploient des constellations de satellites en orbite basse, qui pourront embarquer ces stations de base », annonce le directeur général de Serma Group.

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À Pessac, Serma Technology dispose de laboratoires d’expertise physique, chimique et de tests destinés à l’étude des composants, avant l’industrialisation ou en contrôle qualité. © Louis Piquemil / Echos Judiciaires Girondins

Indépendance

« Nous sommes un acteur français indépendant, puisque 60 % du capital est détenu par les salariés et le management et 40 % par des fonds français, actuellement Ardian et Checkers. Être majoritaire nous permet de garder la main sur notre destin en termes de positionnement, de stratégie et de prise de décisions », poursuit Pierre-Olivier Besombes. Cette stratégie repose sur des schémas financiers de LBO (rachats avec effet de levier) cycliques, durant lesquels la société investit massivement.

« Chaque LBO est lié à un business plan de quatre à cinq ans. Une fois notre objectif de business plan atteint (en chiffre d’affaires et en investissements associés), nous rouvrons le capital pour recapitaliser la société avec de nouveaux actionnaires afin de porter la croissance future. Ces LBO cadencent la vie du groupe sur des cycles de quatre à cinq ans », décrit Pierre-Olivier Besombes.

Chaque nouveau LBO est porté par une nouvelle financière, qui détient les actions du groupe, surveillée par le conseil de surveillance de Serma, actuellement présidé par René Corbefin, ancien vice-président de l’entité électronique d’Airbus. À terme, c’est Philippe Berlié, actuel président de Serma Group, qui reprendra ce rôle, et Pierre-Olivier Besombes deviendra PDG.

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Pierre-Olivier Besombes, directeur général de Serma Group © Louis Piquemil / Echos Judiciaires Girondins

35 millions d’euros investis

En 2025, le groupe a investi 35 millions d’euros pour augmenter ses capacités en matière de mobilité électrique, avec le développement du centre de tests électriques et abusifs de batteries du groupe Renault, à Lardy, en Île-de-France. L’inauguration de l’usine de tests de cellules et modules de batteries d’ACC, à Martillac. Et celle du plus gros centre européen de tests abusifs de batteries et véhicules électriques à Neuville-aux-Bois, près d’Orléans. « Nos clients sur ce site sont multiples : Renault, ACC, mais aussi Stellantis, Verkor et Tesla, via son usine allemande », précise le directeur général.

S’il ralentit au niveau européen, le marché de la mobilité électrique « reste très dynamique. En particulier notre partenaire Renault, qui accélère son développement à travers ses filiales Ampère (sur le full électrique) et Horse (sur l’hybride) », assure-t-il.

D’autre part, l’électrification concerne d’autres secteurs des mobilités comme le ferroviaire, en alternative aux motrices diesel. Et dans une certaine mesure l’aéronautique, qui développe des solutions hybrides. « Tout cela nécessite des moyens et des expertises que nous avons développés depuis une douzaine d’années, grâce à l’automobile », rappelle Pierre-Olivier Besombes.

En 2026, Serma Group prévoit de consacrer 10 millions d’euros pour doubler la capacité de son unité de production et d’assemblage souveraine Serma Microelectronics de La Rochelle, déjà agrandie en 2019.

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Des bancs de test permettent de soumettre les composants électroniques à des températures extrêmes. © Louis Piquemil / Echos Judiciaires Girondins

Croissances externes

En termes de croissance externe, Serma Group a réalisé deux acquisitions en 2025. À chaque fois, « nous sommes guidés par les mêmes objectifs : renforcer un positionnement technologique, en faisant l’acquisition d’une brique manquante sur un secteur spécifique ; renforcer un positionnement de marché ou entrer sur de nouveaux marchés », décrit Pierre-Olivier Besombes.

Serma Group a ainsi acquis la société lyonnaise PISEO, experte en photonique et optronique, pour augmenter sa part de marché dans le secteur médical. « PISEO nous a amené un projet très emblématique de scanner dentaire 3D de dernière génération, développé en partenariat avec une biotech », précise le directeur général. Dans le secteur médical, Serma travaille également sur l’électronique embarquée et la sûreté de fonctionnement des cœurs artificiels Carmat. Et est en train de construire un partenariat stratégique avec la société girondine FineHeart qui a conçu un dispositif cardiaque implantable.

Seconde acquisition : la société mérignacaise TDM, acteur de la défense spécialisé dans le traitement vidéo embarqué pour avions de combat. « Non seulement nous disposons désormais de la brique technologique de traitement de données vidéo à très haut débit pour la défense et l’aéronautique, mais en plus, TDM nous a ouvert les portes de son client Dassault, puisque l’entreprise travaille quasi exclusivement sur le Rafale », note le dirigeant. Une manière pour Serma Group de renforcer son empreinte sur le secteur de la défense, « un marché très porteur et dynamique », admet-il.

En 2026, Serma Group envisage au moins une acquisition.

En 2026, Serma Group envisage au moins une acquisition. « Cela dépendra des opportunités et du contexte », consent Pierre-Olivier Besombes, qui cible des petites structures afin de pouvoir les digérer plus facilement.

Croissance « remarquable »

« Là où nous investissons le plus, c’est dans notre croissance organique, pour augmenter la capacité de nos sites. Notre objectif cette année est surtout que nos nouvelles usines soient opérationnelles à 100 % », continue Pierre-Olivier Besombes. Présentant une croissance « remarquable » selon ses mots, Serma Group est passé d’un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros en 2014, à 140 millions d’euros en 2019 et prévoit d’atteindre les 230 millions d’euros en 2026 grâce aux derniers investissements réalisés.

Le groupe prévoit d’atteindre les 230 millions d’euros en 2026 grâce aux derniers investissements réalisés.

Comment a-t-il absorbé de tels niveaux de croissance tout en restant stable et solide ? « C’est un vrai dilemme », admet le directeur général. « L’ADN du groupe est son agilité. Nous sommes organisés au plus juste, ce qui nous permet d’avoir une chaîne de commande très efficace et une structure de management la moins pyramidale possible, avec des filiales fortes et autonomes ».

Le fait que le management et des salariés soient actionnaires permet également d’avoir « des salariés très impliqués, directement concernés par la réussite de la société puisqu’ils y sont intéressés. C’est une vraie force », estime Pierre-Olivier Besombes. L’inconvénient : « chacun travaille un peu plus. Par exemple, je n’ai pas d’assistante », glisse le directeur général.

Virage de l’IA

C’est notamment l’une des raisons pour lesquelles Serma Group a pris le virage de l’intelligence artificielle. « Nous avons une équipe d’ingénieurs dédiée qui développe des solutions pour nous permettre d’être mieux organisés et plus productifs », assure-t-il. Cette nouvelle entité souveraine, Serma Assist, dispose de ses propres serveurs IA. « Nous sommes d’ailleurs en train de déployer une offre pour nos clients, destinées à des systèmes électroniques complexes, sur lesquels nous pourrons faire tourner une IA dans des environnements contraints et embarqués », annonce Pierre-Olivier Besombes.

Centre de formations certifiées Qualiopi, Serma Group propose également des formations à l’intelligence artificielle, mais aussi sur l’ensemble de ses expertises, autour des métiers de l’électronique, de la fiabilité, de la cybersécurité ou de l’énergie.

Un cabinet de recrutement interne

Avec 1 500 salariés, dont environ 500 ingénieurs déployés chez ses clients, Serma Group a internalisé « une armée de recruteurs pour alimenter ses plateaux de service et ses bureaux d’études. Nous avons internalisé ce cabinet de chasseurs de têtes pour être très efficaces et ne pas trop subir de problématiques de recrutement », assure Pierre-Olivier Besombes.

Avec des filiales en Nouvelle-Aquitaine, à Toulouse, où l’entreprise dispose de trois gros sites travaillant notamment pour Airbus, dans le centre de la France, et aux États-Unis, Serma Group prévoit de recruter environ 400 personnes en 2026.