Couverture du journal du 23/02/2024 Le magazine de la semaine

Rémy Lathouwers, la revanche d’un self-made man

Né dans une famille aux origines plus que modestes, Rémy Lathouwers, jeune Périgourdin de 35 ans, a bâti en moins de cinq ans ce qui ressemble déjà à un petit empire avec pas moins de cinq sociétés regroupées sous la bannière de la holding SAS Lathouwers.

Rémy Lathouwers

Rémy Lathouwers dirigeant de la hoding SAS Lathouwers © Loïc Mazalrey

Le self-made man n’est pas toujours américain. Il arrive qu’il soit aussi périgourdin. Entrepreneur à succès, Rémy Lathouwers, 35 ans, en est la preuve vivante. Parti de rien, ce bosseur hors pair a bâti en moins de cinq ans ce qui ressemble déjà à un petit empire avec pas moins de cinq sociétés et autant d’activités différentes regroupées sous la bannière de la holding SAS Lathouwers.

D’UN BEP FORESTIER AUX COURS DU SOIR

Né en Dordogne, dans une famille aux origines plus que modestes, Rémy Lathouwers est un élève moyen, souvent incompris du corps enseignant qui lui prédit un avenir proche de la voie de garage. À 15 ans, l’adolescent quitte l’enseignement général pour suivre un BEP forestier, à Sabres, dans les Landes, il sera garde-forestier, comme son grand-père et son arrière-grand-père l’ont été avant lui. Doué, il retient l’attention de ses professeurs qui lui font un programme sur mesure pour le faire progresser plus vite. Sylviculture, mycologie, pédologie (étude du sol)… Le jeune homme découvre les cours du soir après la journée de travail. Épuisant mais très enrichissant et surtout, déterminant pour son orientation. Rémy Lathouwers décroche son bac technologique Sciences et techniques de l’agronomie et de l’environne- ment (STAE) option aménagement des espaces au lycée agricole de Coulounieix-Chamiers, part un an au Canada et enchaîne avec un BTS gestion forestière à Bazas, en Gironde.

C’était un élève moyen, souvent incompris du corps enseignant qui lui prédisait un avenir proche de la voie de garage

Après un détour par la vie active – il travaille chez un négociant en bois de qualité pendant un an – le jeune Périgourdin reprend le chemin des études supérieures pour passer un master en achat industriel et un autre sur la gestion globale des risques. Deux diplômes qui le propulseront bientôt au poste de directeur de développement d’une entreprise de charpentes bergeracoise.

ÉVOLUTION RAPIDE DE L’ENTREPRISE

Le 21 décembre 2018, Rémy Lathouwers saute le pas en rachetant une entreprise de chaudronnerie, La Martellerie Saint-Sauveur et sa jumelle, ATST, spé- cialisée dans le traitement des surfaces par thermo- laquage. Hébergées dans le même bâtiment industriel, à Saint-Laurent-des-Hommes, entre Mussidan et Montpon, les deux PME emploient alors cinq personnes au total. « La Martellerie faisait unique- ment des prototypes sur plan, mais ne proposait pas de conception », décrit l’entrepreneur, qui nourrit alors d’autres ambitions pour l’entreprise. « Dans un premier temps, on a fait évoluer son activité vers la conception et la réalisation de pièces pour le bâtiment, la serrurerie et la métallerie », explique le jeune le self-made man, connu pour mettre lui-même la main à la pâte. « J’ai participé et je participe encore à l’aventure en dessinant les modèles et en suivant moi-même les chantiers », glisse l’intéressé.

Rémy Lathouwers et son équipe © Loïc Mazalrey

UN SPECTRE D’ACTIVITÉS ÉLARGI

Sous son impulsion, l’entreprise a élargi son spectre d’activités en s’appuyant sur les compétences de ses salariés (chaudronniers, soudeurs, etc.), passés de 5 en 2018 à 42 en 2022. « Au gré de nos collaborations, notamment avec des architectes, nous avons été amenés à faire de la direction artistique, autrement dit à concevoir et réaliser des pièces qui viennent s’incorporer dans un espace dédié », se remémore Rémy Lathouwers. « Ce nouvel exercice nous a conduits à travailler aussi bien le métal que le bois ou encore la pierre, trois matières totalement différentes, mais complémentaires. »

PERCÉE DANS LE MONDE DES GRANDS CRUS BORDELAIS

La clientèle a suivi. Des célébrités, au premier rang desquelles figure Stéphane Plazza, le plus médiatique des agents immobiliers de l’Hexagone, sont tombées sous le charme du travail d’orfèvre des équipes de la Martellerie Saint-Sauveur. De grands établissements parisiens se sont également positionnés auprès de la PME périgourdine pour lui confier la décoration d’une ou plusieurs pièces. « Nous avons façonné une baignoire en cuivre pour un grand hôtel parisien, une œuvre en métal pour le vestibule d’un autre », mentionne le chef d’entreprise, enthousiasmé par les défis que peut lui soumettre la clientèle.

Château d’Yquem et Angélus ont sollicité son expertiser pour sublimer leur environnement.

Sur sa lancée, la Martellerie Saint-Sauveur a conquis en 2022 le cœur des grands châteaux du vignoble bordelais

Château d’Yquem, Angélus, Guiraud… Plusieurs fleurons girondins de la viticulture ont sollicité l’expertise de ses équipes pour sublimer leur environnement. « Le plus souvent, nous travaillons avec l’architecte bordelais Olivier Chadebost qui connaît très bien les attentes du monde vitivinicole », poursuit le chef d’entreprise, d’autant plus ravi de cette collaboration qu’elle a donné naissance à un projet commun aux deux hommes : la création de mobilier de luxe commercialisé sous l’étiquette assumée « Chadebost-Lathouwers ».

© Loïc Mazalrey

Pour chacune de ces nouvelles activités, une société a été créée. La Martellerie-Saint-Sauveur est aujourd’hui positionnée sur les ouvrages d’art et les monuments historiques, CMI sur le développement industriel, et la maison Aline Delsaut, sur l’agencement d’espaces, l’ébénisterie ou encore la menuiserie. « Nous avons misé sur l’ultradiversification », déclare Rémy Lathouwers.

« Cela demande beaucoup d’énergie et une capacité à se remettre en cause en toutes circonstances, mais c’est stimulant pour les équipes. »

© Loïc Mazalrey

L’AVENTURE EST PARTIE POUR DURER

Jusqu’où ira le nouveau prodige périgourdin ? ll projette déjà de créer un bureau d’études autonome à Bordeaux avant la fin de l’année, tout en posant les jalons d’un projet para-hôtelier… en pleine forêt. « Outre les investissements réalisés dans les structures et les moyens de production, l’argent dégagé par les différentes sociétés du groupe finance l’acquisition de parcelles forestières en Dordogne. Il s’agira, un jour, d’y installer des cabanes fabriquées dans nos ateliers à destination de la clientèle qui cherche à louer un hébergement insolite », glisse l’intéressé.

Il projette de créer bientôt un bureau d’études à Bordeaux tout en posant les jalons d’un projet para-hôtelier… en pleine forêt

UNE SANTÉ FINANCIÈRE DE FER

© Loïc Mazalrey

Déjà vu ? Le bouillant dirigeant n’a jamais dit le contraire. Pour lui, le plus important est de créer une chaîne de valeur qui garantit l’indépendance financière du groupe. « Devenir client de sa propre entreprise vous met à l’abri des déconvenues que vous pourriez rencontrer dans le cadre d’un contrat passé avec un client qui le dénoncerait ou n’aurait pas les moyens de l’honorer ».

En attendant, les sociétés du groupe vont continuer à se structurer. « Pendant quatre ans, on a saisi toutes les opportunités qui se sont présentées à nous ou que nous sommes allés chercher. Maintenant, l’heure est au renforcement de nos organisations pour que l’on gagne davantage en qualité et en efficacité », signale le fondateur de la holding Lathouwers qui affiche déjà une santé financière de fer.

CROISSANCE À 3 CHIFFRES

Dopé par une croissance à trois chiffres, le groupe devrait atteindre sans difficulté les 10 millions de chiffre d’affaires consolidé en 2023, l’objectif étant de flirter avec les 25 millions d’euros en 2025. « L’effectif progressera en conséquence », annonce le président de la SAS Lathouwers qui prévoit de doubler le nombre de salariés de 42 à 80 en 2025. À ce rythme, le nouveau Rockfeller sera bien Périgourdin !