Couverture du journal du 23/10/2020 Consulter le journal

Retrofuture : La seconde vie des voitures anciennes

La start-up Retrofuture, créée en 2018 par Arnaud Pigounides, s’installe ce mois-ci à Darwin pour y convertir des véhicules anciens à l’électrique. Avec l’ambition de développer une véritable filière du rétrofit en Nouvelle-Aquitaine.

RETROFUTURE

RETROFUTURE Porsche e912 et Arnaud PIgounides ©DR

Plutôt que de jeter les 40 millions de véhicules du parc auto-mobile français, trop polluants, pourquoi ne pas les faire passer à l’électrique ? C’est l’idée à l’origine du projet d’Arnaud Pigounides, quarantenaire diplômé d’économie, qui a travaillé durant près de 20 ans dans le secteur de la publicité. Il a créé la start-up Retrofuture Electric Vehicles en 2018 aux côtés de Marc Tison, ingénieur central et ancien directeur des programmes véhicules élec- triques chez PSA. Il lui a fallu 5 ans de travail pour se lancer et près de 2 ans pour faire changer la réglementation relative à la modification des véhicules. « J’ai créé l’association AIRe, qui réunit les acteurs du rétrofit en France et que je préside. Nous sommes parvenus à faire autoriser la pratique du rétrofit », expose humblement l’entrepreneur.

Depuis le 3 avril 2020, il est ainsi possible de changer le moteur thermique de tout véhicule quatre-roues de plus de 5 ans, et deux ou trois roues de plus de trois ans, sans accord du constructeur. Une règle qui s’imposait pour- tant depuis 1954. Associé à une prime à la conversion de 5 000 euros, le rétrofit concerne les voitures, mais aussi les scooters, les motos, les utilitaires, les camions et même les péniches.

ENTRE 20 000 ET 30 000 EUROS PAR VOITURE

Batterie, moteur, éléments de sécurité… Pour un prix compris entre 20 000 et 30 000 euros, Retrofuture « conserve l’écrin, puis installe à l’intérieur du véhicule ancien une demi-voiture électrique neuve, ce qui a un certain coût », reconnaît Arnaud Pigounides, qui a eu cette idée lorsqu’il vivait aux États-Unis, où la pratique est monnaie courante. Grâce à la nouvelle réglementation, sa jeune start-up peut faire de la série, « ce qui réduit fortement les coûts. L’objectif est donc de faire du volume, pour avoir des tarifs intéressants pour les clients », explique-t-il.

Depuis le 3 avril 2020, il est possible de changer le moteur thermique de tout véhicule 4 roues de plus de 5 ans

Retrofuture propose à la transformation 11 modèles de voitures, allant de la Fiat 500 au Combi Volkswagen, en passant par la Porsche 911 et le Range Rover. Et devrait en présenter une trentaine d’ici 3 ans. Arnaud Pigounides envisage de convertir au moins 1 % du parc automobile français, ce qui représente environ 400 000 véhicules, et pourquoi pas, à plus long terme, jusqu’à 10 % du parc. « Là, on aurait un véritable impact. Cela permettrait d’atteindre d’importants objectifs de réduction du CO2 et d’émissions nocives », estime-t-il. La demande est déjà là pour Retrofuture, qui confirme avoir enregistré 200 préventes et 60 commandes fermes depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation, « ce qui est très encourageant », estime son dirigeant.

 

À LA RECHERCHE DE 7 MILLIONS D’EUROS

Arnaud Pigounides ambitionne de créer une véritable filière du rétrofit à Bordeaux, au sein de l’écosystème Darwin. « Nous voulons mettre en place un pôle des mobilités douces, avec des partenaires dans l’électrique, l’hydrogène, et d’autres sociétés de rétrofit spécialisées dans les deux roues, les utilitaires, les camions, les bateaux », détaille-t-il.

30 % de nos clients sont en nouvelle-aquitaine. Le retrofit intéresse aussi l’œnotourisme

Pour créer les conditions favorables à l’émergence de tout un secteur, Retrofuture est en discussion avec des collectivités, dont Bordeaux, des régions, notamment la Nouvelle-Aquitaine, et cherche à lever 7 millions d’euros. Il n’en faudra pas moins pour financer son plan de développement sur les prochaines années, qui inclut la création d’un laboratoire de R&D, d’un showroom, d’un incubateur de start-ups du rétrofit, mais aussi pour embaucher une vingtaine de personnes. « Bordeaux s’est révélée être l’un des plus beaux écrins pour ce projet. La demande est ici : 30 % de nos clients sont dans la région. Le rétrofit intéresse également le secteur de l’œnotourisme », affirme Arnaud Pigounides.

 

ALTERNATIVE CRÉDIBLE

Et cela ne fait que commencer. « Au vu des enjeux d’économie circulaire, de développement durable, de protection de l’environnement et de baisses des émissions », couplés à l’essor du secteur de l’électrique, toutes les planètes sont alignées pour que le rétrofit devienne une alternative crédible. « Nous en avons l’ambition. Nous voulons devenir des champions, mais pour cela, nous allons devoir faire du sujet une priorité », annonce Arnaud Pigounides. Y compris à l’échelle européenne, où l’entre- preneur est en train de créer l’association européenne de rétrofit, pour œuvrer auprès de la Commission et du Parlement en faveur d’une réglementation et d’homologations communes.

 

« LE PIRE MOMENT DE L’HISTOIRE » POUR SE LANCER

Arnaud Pigounides ne cache pas sa déception. « En dehors du secteur de la tech, le système a totalement laissé de côté les start-ups qui venaient de se lancer », déplore-t-il. « Nous investissons énormément et ne sommes pas du tout aidés. Tout nous a été refusé », regrette l’entrepreneur, qui estime avoir lancé son affaire « au pire moment de l’histoire ». En cette période de crise sanitaire, les aides aux entreprises se sont adressées « à celles qui avaient déjà un chiffre d’affaires et de la masse salariale, et aux start-ups de la French Tech. Nous avons cumulé tous les problèmes. C’est compliqué pour tous les acteurs de la filière rétrofit. Pourtant, nous parlons de réduire les émissions de CO2, de transformer le quotidien des Français et de créer des emplois ! », rappelle-t-il. Retrofuture prévoit malgré tout d’investir 3 millions d’euros et de recruter une quinzaine de personnes à Bordeaux d’ici 2022.