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Valorem : l’énergie des pionniers

BÈGLES. Visionnaire, le fondateur et président de Valorem, Jean-Yves Grandidier, se bat depuis bientôt 30 ans à coups d’innovations technologiques, réglementaires et financières pour développer les énergies renouvelables, en particulier éoliennes, en France et dans le monde. Désormais producteur d’énergie intégré, Valorem a délivré 1,1 térawattheure d'électricité issue des renouvelables l’année passée.

Valorem, Jean-Yves Grandidier

Jean-Yves Grandidier, fondateur de Valorem © Louis Piquemil / Echos Judiciaires Girondins

Seule région française qui ne compte aucune éolienne, l’ancienne-Aquitaine héberge pourtant l’un des pionniers des énergies renouvelables en France. Fondé en 1994 à Bègles par Jean- Yves Grandidier sous la forme d’un bureau d’études, Valorem, pour « VALOrisation à partir des sources Renouvelables et Maîtrise de l’énergie », s’est spécialisé au départ dans l’éolien. « Nous avons surfé sur les appels d’offres Eole 2005, dont l’objectif était d’installer 500 mégawatts d’éolien en France », se souvient le fondateur et président de l’entreprise, Jean- Yves Grandidier.

En parallèle, il crée en 1996 le syndicat des professionnels de l’éolien « France énergie éolienne » (devenu « France renouvelables » en septembre dernier), qui fait du lobbying auprès des pouvoirs publics pour la création d’un cadre réglementaire. La loi du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l’électricité lui permet d’obtenir en 2001 des tarifs d’obligation d’achat, établissant le prix de rachat auquel EDF et les concessionnaires de réseau achètent l’électricité éolienne. L’État compensant la différence entre le prix garanti de l’éolien et le prix de marché de l’électricité grâce à la CSPE, taxe de contribution au service public de l’électricité payée par les consommateurs.

 

VALOREM EN CHIFFRES

Date de création : 1994
Chiffre d’affaires 2022 : 199 millions d’euros
Ebitda 2022 : 110 millions d’euros
Projets closés en 2022 : 270 mégawatts correspondant à 140 millions d’euros d’investissements
Salariés : 421

 

LEVÉE DE FONDS DE 23 MILLIONS D’EUROS

« J’ai été la cheville ouvrière de la profession pour l’obtention de ces tarifs. Avec eux, Valorem a pu devenir développeur de projet. Nous faisions les études permettant d’obtenir les autorisations pour construire et exploiter ce type d’installations, puis les présentions à des investisseurs pour qui nous les développions ensuite », raconte Jean-Yves Grandidier. C’est à la faveur de deux levées de fonds successives, réalisées en 2007 et 2008 auprès du Crédit Agricole et de son fonds Caap Energy 1, de Bpifrance et de GSO Capital, pour un montant total de 23 millions d’euros, que Valorem change une nouvelle fois son modèle d’affaires et devient producteur d’électricité. « Aujourd’hui, nous sommes un opérateur intégré sur toute la verticale de la production d’électricité verte : du développement à l’exploitation et la maintenance, en passant par le financement et la construction », explique le président de l’entreprise, qui a créé des filiales pour chaque spécialité.

Parc photovoltaïque de la Tour Blanche © Valorem

MODÈLE DE FINANCEMENT

« Entre 2009 et 2011, les 23 millions d’euros levés nous ont permis de financer 150 millions d’euros d’investissements pour 100 mégawatts d’éolien. Cela correspond à 250 gigawattheures, soit la consommation électrique de 100 000 habitants, répartis dans une dizaine de parcs éoliens de la Marne, l’Aude, le Pays de Retz – dont nous sommes aujourd’hui le premier producteur d’électricité –, les Pays de la Loire, la Picardie… », continue Jean-Yves Grandidier. C’est sur ce même modèle que Valorem finance aujourd’hui ses projets : 15 % de fonds propres permettant de lever le reste en dette bancaire. Ces fonds propres sont quant à eux obtenus via des augmentations de capital, des obligations-investisseurs, la vente partielle ou complète d’anciens d’actifs et du financement participatif. « Une communauté de près de 7 000 prêteurs nous finance à travers l’épargne citoyenne, avec des taux de rémunération pouvant aller jusqu’à 7 %, avec une préférence locale », détaille Camille Girard, responsable de la communication de Valorem. L’entreprise propose également aux collectivités locales d’entrer au capital des projets. « Cela fait partie de notre mission de faire de la réappropriation de production électrique dans les territoires. Cela facilite également l’acceptabilité des projets », remarque-t-il.

 

Aujourd’hui, nous sommes un opérateur intégré sur toute la verticale de la production d’électricité verte »

 

ANCRAGE RÉGIONAL

Côté financement corporate, outre les levées de fonds de 2007 et 2008, Valorem a finalisé une levée de fonds en financement participatif de 19,5 millions d’euros en 2023 et bénéficie d’Euro PP (Euro private placement). Le capital de l’entreprise est aujourd’hui détenu à 64 % par les familles de Jean- Yves Grandidier et de son associé Pierre Girard, « ainsi qu’à nos amis et à quelques salariés historiques. Le reste revient à nos investisseurs institutionnels : 3i, Bpifrance, GSO Capital, Irdi Capital et Crédit Agricole Aquitaine Expansion (CAAE). Nous avons un ancrage régional depuis le début, y compris dans notre capital ! », se targue Jean- Yves Grandidier.

DIVERSIFICATION TECHNOLOGIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Dès 2007, ce business model permet à Valorem de diversifier ses activités en termes de technologies, mais aussi géographiquement. L’entreprise produit ainsi de l’électricité issue des 3 filières renouvelables : éolien, solaire et hydraulique. « Nous travaillons aussi le stockage, afin de proposer de l’éolien et du solaire pilotables », précise Jean-Yves Grandidier. Et après des incursions en Roumanie, Bulgarie, Ukraine et Colombie, Valorem développe actuellement des projets en Pologne et en Grèce. « C’est en Finlande, où nous sommes présents depuis 2012, que nous avons véritablement percé. Nous y construisons actuellement un projet de 315 mégawatts, qui représente 1,2 % de la consommation nationale d’électricité. Nous en avons vendu la moitié à un producteur d’électricité d’Helsinki pour le financer », précise Jean- Yves Grandidier, qui a levé 145 millions d’euros pour compléter le financement de ce projet à plus de 195 millions d’euros. Désormais, l’objectif de l’entreprise est de parvenir à un équilibre en matière de sources d’énergie, l’idée étant d’atteindre 50 % d’éolien, 50 % pour les autres ; et géographiquement, avec 50 % de projets en France et 50 % en Europe, « où le cadre réglementaire est protecteur pour les renouvelables », consent le président de Valorem.

SITUATION INCONFORTABLE

Disposant actuellement de 500 mégawatts de projets en exploitation, et de près de 900 mégawatts financés au total, Valorem produit environ 1,1 térawattheure d’électricité chaque année. 5,4 gigawatts sont actuellement en développement en Europe, dont 3,6 gigawatts en France. « Notre trajectoire pour 2030 est de 10,3 gigawatts en développement pour une production de 7 térawatteures par an, soit autant qu’une tranche de centrale nucléaire. Je pourrai alors prendre ma retraite ! », sourit Jean- Yves Grandidier. D’ici là, il reste du chemin à parcourir à Valorem. Car même si l’entreprise a financé 270 mégawatts de projets en 2022, correspondant à un investissement de 140 millions d’euros, multiplié son chiffre d’affaires par 2 (199 millions d’euros), avec un Ebitda en forte augmentation (110 millions d’euros), elle n’a pas bénéficié de la crise énergétique. « Nous n’avons pas tiré parti de l’augmentation des prix de l’électricité car d’une part, nous avons subi l’augmentation des prix des matières premières et des crédits, ce qui nous a obligé à mettre 50 millions d’euros de fonds propres supplémentaires pour closer nos projets », déplore Jean-Yves Grandidier. D’autre part, les tarifs du marché de l’électricité étant plus élevés que le prix garanti de l’éolien, les producteurs d’EnR ont dû s’acquitter de la différence. « En 2 ans, l’éolien a remboursé ce que l’État lui avait versé depuis les années 2000. Nous avons financé presque 80 % du bouclier tari- faire par ce biais », estime Camille Girard. Résultat, « Valorem est dans une situation d’inconfort », affirme-t-il.

Parc éolien de Saint Secondin © Valorem

ENTREPRISE À MISSION

« En 2022, nous avons obtenu les financements de l’ensemble de nos projets français dans de mauvaises conditions, mais nous l’avons fait car c’est notre mission et la France en avait besoin pour passer l’hiver », reprend Jean-Yves Grandidier. En effet labellisée entreprise à mission depuis 2022, Valorem a à cœur depuis les origines le bien-être de ses salariés et le service apporté aux territoires. Désormais, sa rai- son d’être est inscrite dans ses statuts, à côté de son objet : « Valoriser ensemble les énergies des territoires pour ouvrir la voie à un avenir durable et solidaire ». L’entreprise, qui a également formalisé sa démarche RSE, a élargi son comex en 2022, afin « d’avoir une gouvernance la plus collégiale possible », assure son président.

PROBLÈME D’ACCEPTABILITÉ

Parmi les prochains axes de développement de Valorem : l’éolien offshore, qui devrait engendrer de très importants besoins de financement pour l’entreprise dans les années à venir. « Nous avons monté un consortium avec notre partenaire, l’énergéticien allemand RWE, pour répondre à l’appel d’offre d’1 gigawatt au large de l’île d’Oléron. Et nous développons en R&D une technologie de rupture avec la start-up brestoise Eolink : une éolienne flottante de 5 mégawatts dont le démonstrateur sera testé au large de Saint-Nazaire fin 2024. Cela nous ouvre beaucoup de potentiels », se réjouit Jean-Yves Grandidier. Pionnier de l’éolien, de nouveaux modèles d’affaires, du financement participatif, de la RSE, etc., Jean-Yves Grandidier souhaite « continuer d’ouvrir la voie. La transition énergétique reposera sur un changement des modes de consommation. Un changement de valeur est nécessaire », estime le patron visionnaire, qui rappelle que l’éolien et le photovoltaïque se heurtent encore à un problème d’acceptabilité.

JEAN-YVES GRANDIDIER : PARCOURS

Originaire de la région parisienne, Jean-Yves Grandidier arrive à Bordeaux dans les années 1980 pour ses études d’ingénieur aux Arts et Métiers. Après une thèse en automatique à l’Université de Bordeaux, il part 2 ans en coopération en Colombie, où il occupe un poste de professeur à l’école navale de Carthagène. « J’ai attrapé le virus des éoliennes quand j’étais étudiant et il ne m’a jamais quitté », confie-t-il. De retour en France, il travaille dans l’ingénierie du bois, puis dans une PME locale sous-traitante du secteur aéronautique et spatial. Lorsque l’entreprise fait faillite en 1994, il lance son bureau d’études, pour « apporter ma petite contribution à un avenir durable et solidaire, à travers des projets innovants », assure-t-il. Il s’y attèle avec énergie depuis bientôt 30 ans.