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[ Dossier Redressement judiciaire ] Pickup Courrier : une carte Joker

Pickup Courrier, spécialisée dans la livraison urbaine à vélo, est sortie de redressement judiciaire en septembre 2025 avec un plan étalé sur dix ans. Sa dirigeante, Chirine Chatila, présente cette procédure comme un outil qui lui a permis de redéfinir le périmètre de l’entreprise et d’organiser le remboursement de ses dettes.

Chirine Chatila, Pickup Courrier

Chirine Chatila, dirigeante de Pickup Courrier © Pickup Courrier

L’angoisse reste palpable lorsqu’elle évoque ces fêtes de Noël 2023, passées le nez dans ses comptes, le téléphone vissé à l’oreille, cherchant des réponses et un moyen de sauver sa société. Chirine Chatila, fondatrice en 2019 de Pickup Courrier, entreprise bordelaise spécialisée dans la livraison urbaine par vélo, est alors au pied du mur.

Crise de croissance

Quand elle décide, en janvier 2024, de placer l’entreprise sous la protection du tribunal de commerce de Bordeaux, dans le cadre d’une procédure de redressement judiciaire, celle-ci a connu une croissance rapide. Elle compte quatre implantations en France (Bordeaux, Paris, Le Havre et Marseille) et emploie 52 salariés. « Le chiffre d’affaires avait doublé chaque année jusqu’en 2024 », relate la dynamique dirigeante.

L’activité progresse mais, en coulisse, l’entreprise est insuffisamment structurée. La crise de croissance précipite les difficultés. « Nous avions tout développé en fonds propres », souligne Chirine Chatila, aujourd’hui âgée de 33 ans. Le nerf de la guerre, la trésorerie, est insuffisant. « C’est le stress permanent du paiement des Urssaf qui m’alerte », se souvient-elle.

Chirine Chatila, Pickup Courrier

La société bordelaise de coursiers à vélo-cargo a employé jusqu’à 52 personnes. © Pickup Courrier

Une équipe de professionnels

« Quand mon expert-comptable évoque le redressement judiciaire, je commence par paniquer », déroule-t-elle. Comme beaucoup de dirigeants, elle le perçoit comme l’antichambre de la liquidation. Passé le choc, Chirine Chatila décide d’envisager la procédure comme une opportunité, une remise à plat de la stratégie de l’entreprise, une « carte joker », décrit-elle.

Autour d’elle, une « équipe de choc » : deux avocats spécialisés dans les entreprises en difficulté (Mes Fraisse et Brau), un expert-comptable, une étude de mandataires, et les juges du tribunal de commerce. Elle insiste sur ce point : dans une procédure aussi technique, l’accompagnement joue un rôle décisif.

Un outil de gestion

La procédure lui permet alors de desserrer l’étau d’engagements devenus trop lourds. Elle lui offre « la possibilité de rompre des baux, des contrats de leasing, de mettre un terme à certains contrats pour lesquels la marge n’était pas suffisante » mais aussi de suspendre, temporairement, la pression immédiate des créanciers. L’enjeu est alors de répondre à une question : l’entreprise, allégée de ces charges, peut-elle encore fonctionner ?

Convaincue de la viabilité de son modèle, Chirine Chatila décide de conserver uniquement son site bordelais et ferme progressivement ses trois autres implantations, dont la dernière à Marseille en novembre 2025.

Discipline financière

Pickup Courrier reste dix-huit mois sous la protection du tribunal avant de voir son plan de redressement, étalé sur dix ans, validé par le tribunal en septembre 2025. « La première échéance n’interviendra qu’en septembre 2026 », précise la dirigeante. D’ici là, la société règle les postes prioritaires : les AGS (régime de garantie des salaires), les frais engendrés par la procédure et les dettes inférieures à 1 500 euros. Une nouvelle phase s’ouvre pour l’entreprise, celle de la discipline financière et du remboursement des dettes.

Un impératif que Chirine Chatila mesure avec sérieux, se remémorant qu’à la genèse de son redressement, une « ardoise » de 20 000 euros laissée par un client avait plombé ses résultats : « Je paierai mes dettes jusqu’au dernier centime. »

Stabilisation durable

Aujourd’hui, si la jeune dirigeante se dit soulagée, elle demeure prudente. L’enjeu est désormais de stabiliser durablement l’entreprise, « pour les quinze salariés qui sont restés à mes côtés pour redresser la barre ». « Si on se développe de nouveau, ce sera plus doucement, à moins de 200 kilomètres de Bordeaux et pas en fonds propres », résume-t-elle.

Le redressement judiciaire, dit-elle encore « offre un temps de pause pour comprendre les points faibles de son entreprise, restructurer et redéfinir ses objectifs ». Mais cela exige un investissement considérable. Et de conclure : « même si le chemin était compliqué avec une détermination sans faille on y arrive ! »

Chirine Chatila, Pickup Courrier

Pickup Courrier propose un service de coursier pour les commerces de proximité et de messagerie en partenariat avec de grosses entreprises de la logistique. © Pickup Courrier