Le projet avait été révélé, il y a un an, lors du sommet Choose France 2025. Il s’est un peu plus matérialisé ce 1er juin au Barp, à l’occasion de la pose symbolique de la première pierre de l’usine créée dans le cadre d’un consortium entre le Taïwanais Foxconn et les deux Français Radiall et Thales. « Choose France, c’est très bien. Produce in France, c’est encore mieux », s’est réjoui Pierre Gattaz, PDG de Radiall, fabricant de solutions d’interconnexion de pointe pour des secteurs exigeants. Montant de l’investissement : 250 millions d’euros dans le cadre d’un partenariat public-privé.
250 millions d’euros seront investis dans le cadre d’un partenariat public-privé
Un chaînon manquant en Europe
Située sur le site Laseris, propriété de la SEML Route des Lasers, à proximité du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), du Laser MégaJoule et de la future implantation de la start-up GenF sur la fusion nucléaire, Tessalia créera, testera et assemblera des solutions de packaging avancées pour les puces électroniques (Systems in Package, SiP). Concrètement, l’usine produira des wafers, ces supports d’interconnexion, puis viendra y assembler les puces avant de réaliser un moulage et une découpe au laser. « Ces petits composants, le client les reportera ensuite sur des cartes » explique Damien Jugie, directeur de la stratégie et responsable du projet Tessalia chez Thales.
« La limite dans le semi-conducteur aujourd’hui, c’est le packaging, ce n’est plus la puce », insiste-t-il. Or « nous ne disposons pas de ce chainon manquant en Europe, capable de prendre différentes puces, de les intégrer et de faire un composant complexe. Cette entité européenne nous permet d’accéder à ce type de capacité sans avoir à envoyer les puces à l’autre bout du monde pour le faire », ajoute Philippe Keryer, directeur général stratégie, recherche et technologies chez Thales. En ce sens, ce projet est jugé stratégique, dans un contexte à la fois de forte demande en équipements électroniques et de tensions géopolitiques qui perturbent les chaînes d’approvisionnement mondiales. « Ce projet va au-delà de la simple initiative d’entreprises privées », souligne Patrice Caine, PDG de Thales qui précise que le consortium reste ouvert à d’autres acteurs.

La pose de la première pierre symbolique au Barp en présence des représentants des trois entreprises qui portent le projet, du ministre Sébastien Martin, de la préfète et d’élus locaux. © Hélène Lerivrain
Un transfert de technologie
Il s’agit d’un « transfert de technologie », insiste également Damien Jugie, c’est-à-dire que Foxconn formera les équipes françaises pendant deux à trois ans avant de repartir, tout en restant au capital. « Nous serons totalement autonomes pour des raisons de souveraineté », insiste-t-il. Car Tessalia vise des marchés de niche et stratégiques, à savoir le spatial, la défense, le médical ou encore les télécommunications. « La souveraineté, ce n’est pas tout avoir, ce n’est pas tout faire. C’est se donner les moyens de ne pas dépendre des autres en ayant sur notre territoire un certain nombre de capacités de production, parfois stratégiques que nous devons maîtriser », a rappelé Sébastien Martin, le ministre délégué chargé de l’Industrie, en déplacement au Barp. Ainsi, Tessalia produira « des petites et moyennes séries », précise Pierre Gattaz. La montée en puissance sera progressive à partir de 2029 mais atteindra, tout de même, 50 millions de composants par an en 2033.
Foxconn formera les équipes françaises pendant deux à trois ans avant de repartir, tout en restant au capital
« Le savoir-faire, nous l’avions. En revanche, nous n’avions plus la capacité industrielle », tient encore à rappeler Damien Jugie. C’est précisément ce qu’apporte Foxconn : les robots sous plafond, les salles blanches automatisées et le savoir-faire industriel. Côté Foxconn, cette implantation s’inscrit dans une stratégie d’extension de sa présence technologique mondiale. « L’Europe est un marché très important. Nous avons des clients ici et le niveau technologique y est très élevé », reconnait Bob Wei-Ming Chen, vice-président de Foxconn.
Ce choix d’une implantation en Nouvelle-Aquitaine a de quoi rendre fière la région qui rassemble plus de 20 000 emplois et 350 entreprises dans le secteur de l’électronique. En lice aux côtés d’une soixantaine d’autres sites, « elle a su répondre à plusieurs défis en matière de logement, d’hôtellerie ou d’accessibilité qui sont des défis classiques pour nous. Nous nous sommes professionnalisés », explique Alain Rousset, président du Conseil régional, qui précise qu’en 2025, la Nouvelle-Aquitaine a été la première région française à créer des usines.

Le nom de la future usine a été dévoilé le 1er juin au Barp. © Hélène Lerivrain