L’enfer

En cinq jours, l’incendie qui a démarré à Saumos a directement touché 30 000 à 40 000 entreprises de Gironde contraintes de fermer leurs portes dans les zones évacuées. Les dispositifs se mettent en place pour leur venir en aide.

2 500 sapeurs-pompiers ont été mobilisés. © Sdis 33

La Gironde était déjà sonnée après un incendie qui s’est déclaré le 21 juillet à proximité de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac et a coûté la vie à deux soldats du feu. Mais le lendemain, il a fallu y retourner pour un départ de feu signalé à Saumos. Un feu qui s’est rapidement transformé en un monstre dévorant plus de 42 000 hectares en cinq jours. Au fil des heures, de nombreuses zones ont été évacuées, entre Le Porge, la presqu’île du Cap-Ferret, Andernos, Sainte-Hélène, Saint-Médard-en-Jalles ou encore Cestas qui abrite de nombreux entrepôts logistiques contraints de fermer.

De nombreux sites stratégiques fermés

Au final, de nombreux sites stratégiques ont fermé : le CEA au Barp, les sites de Dassault et Thales à Mérignac mais aussi ArianeGroup au Haillan, à Saint-Médard-en-Jalles et Sainte-Hélène où « toutes les mesures nécessaires ont été prises pour les sécuriser », même si rien n’a filtré sur les détails de la sécurisation de ces sites. Au-delà de l’industrie, les secteurs du tourisme, du commerce et des services ont été les plus durement touchés en pleine saison estivale. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a qualifié cette catastrophe écologique et sociale de véritable « coup de tonnerre économique qui affecte une région qui n’en avait pas besoin ».

Selon les chiffres de la CCI Bordeaux-Gironde du 28 juillet, entre 30 000 et 40 000 entreprises étaient directement impactées car situées dans des zones évacuées, ce qui représente entre 50 000 et 60 000 salariés. Parmi elles, 8 500 entreprises artisanales, soit 15 % de l’artisanat en Gironde, souligne la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) Nouvelle-Aquitaine. « Les entreprises structurées ont des réflexes et savent réagir. Les entreprises d’un, deux, voire trois salariés sont plus démunies, or elles sont très nettement majoritaires », explique la CMA.

L’activité partielle activée

Pour les entreprises dont l’activité est directement affectée, il est possible de demander le bénéfice de l’activité partielle pour le motif « toute autre circonstance de caractère exceptionnel. » De leur côté, l’Urssaf et le Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants (CPSTI) ont mis en œuvre des mesures d’urgence pour soutenir les professionnels dont l’activité est affectée, notamment un report des échéances de cotisations.

Un numéro unique, le 3006

Pour orienter les entreprises vers les dispositifs d’accompagnement et les démarches d’urgence, un numéro unique, le 3006, a été mis en place avec une douzaine de téléopérateurs qui, selon le profil des entreprises, transfèrent les appels vers la CCI ou la CMA. « Il y a des chefs d’entreprise en pleurs », souligne Patrick Seguin, président de la CCI Bordeaux-Gironde. Une cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) a été ouverte et est joignable au 0 800 719 812. Quant à l’Apesa 33, elle se rend disponible selon le même fonctionnement que d’habitude : « les sentinelles formées, notamment au sein des chambres, nous signalent une personne qui ne va pas bien et le système se met en place pour qu’elle soit rappelée dans les 24 heures par un psychologue », explique Caroline Ricou-Bourdin, présidente de l’association.

Un hub alimentaire

Parallèlement, la solidarité s’organise avec la mobilisation d’agriculteurs notamment sur le front des incendies aux côtés des pompiers tandis qu’à l’arrière, des entreprises s’activent pour livrer des denrées alimentaires. Sollicitée le samedi 25 juillet par Bordeaux Métropole, l’association régionale des entreprises agroalimentaires (Area Nouvelle-Aquitaine) a ainsi fait jouer son réseau pour coordonner la mise en place d’un « cordon alimentaire » à destination du parc des expositions de Bordeaux. Transformé en centre d’hébergement d’urgence, il est devenu un hub alimentaire. « Des entreprises régionales de notre réseau ont répondu présent, ainsi que des entreprises nationales et la grande distribution. L’élan a été assez énorme et collectif », insiste Stéphane Douence, président de l’Area. Le président Emmanuel Macron s’est, quant à lui, rendu en Gironde le 27 juillet pour « remercier » les forces mobilisées contre un feu, à ce moment-là, stabilisé mais pas encore fixé.

Les entreprises s’activent pour livrer des denrées alimentaires

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