Bordeaux : Coquilles mise sur l’or blanc des coquillages

Depuis 2020, l’entreprise Coquilles, fondée par Bénédicte Salzes et Nicolas Vidil, développe une filière locale de valorisation des coquillages au service de l’agriculture, du bâtiment et de l’aménagement.

Bénédicte Salzes, Coquilles

Bénédicte Salzes, cofondatrice de Coquilles, entourée de son équipe. © Nathalie Vallez - Echos Judiciaires Girondins

Sur le quai de Brazza, à deux pas de Darwin, un vaste hangar réunit artisans et jeunes entreprises. C’est ici que Coquilles a installé son atelier de production, partagé avec d’autres acteurs de l’économie locale. Entre sacs de poudre minérale, coquilles d’huîtres et autres mollusques et carreaux en béton coquillé au rendu proche du terrazzo, l’endroit ressemble à un laboratoire. « C’est un peu notre cuisine d’expérimentation », sourit Marine, qui travaille à la production.

Huit tonnes récoltées

Lancée en 2019 par Bénédicte Salzes et Nicolas Vidil, Coquilles poursuit une idée simple : offrir une seconde vie aux coquillages consommés dans la métropole bordelaise. La fondatrice évalue chaque année à près de 3 000 tonnes de coquilles qui finissent à l’incinérateur. L’entreprise n’en collecte aujourd’hui que sept à huit tonnes, mais son ambition dépasse largement ce volume. « L’idée est d’impulser une dynamique et de montrer qu’une autre filière est possible », résume-t-elle. Ancienne photographe, Bénédicte Salzes avait pris l’habitude de réutiliser les coquilles d’huîtres dans son jardin ou de les rejeter à la mer. Convaincue qu’elles représentaient une ressource inexploitée, les associés présentent leur projet à l’incubateur ATIS, spécialisé dans l’économie sociale et solidaire. Leur candidature est retenue. Dix mois plus tard, en pleine période de Covid, deux premières bornes de collecte sont installées près des halles de Bacalan. La récolte n’atteint alors que 250 kg, mais le potentiel apparaît immédiatement.

Bordeaux Fête le Vin

Depuis, le réseau s’est progressivement développé. Chaque fin d’année, période la plus propice avec les fêtes, une dizaine de bornes sont installées à Bordeaux, d’autres au Bouscat et dans différentes communes de la métropole élargie. Les Détritivores, entreprise d’insertion, assurent leur collecte avant d’acheminer les coquilles jusqu’à l’atelier de Brazza. Coquilles travaille également avec des restaurants et des événements comme Bordeaux Fête le Vin, le Salon de l’Agriculture ou Exp’Hôtel, tout en réfléchissant à la création d’un label destiné à valoriser les établissements (restaurateurs, poissonniers…) qui trient leurs coquillages.

Bénédicte Salzes, Coquilles

Coquilles collecte les coquillages et les valorise en les broyant. © Nathalie Vallez – Echos Judiciaires Girondins

Sacs de 25 kg

Avant d’être valorisées, les coquilles doivent être nettoyées. Déchets, résidus alimentaires ou coquillages pleins sont retirés à la main. Une étape longue et fastidieuse, que l’équipe cherche aujourd’hui à optimiser. Une fois triées, les coquilles sont broyées, réduites en poudre puis conditionnées en sacs de 25 kg. Cette matière trouve déjà de nombreux débouchés. Les maraîchers et agriculteurs utilisent ce broyat comme amendement pour corriger l’acidité des sols, particulièrement marquée dans le Sud-Ouest. D’autres applications émergent dans le bâtiment avec le béton coquillé, utilisé notamment pour des cuves viticoles, des éléments d’aménagement ou des carreaux décoratifs. Coquilles collabore également avec les universités de Bordeaux et de Pau afin de développer ces nouveaux usages dans les aménagements publics.

Broyeur industriel

Pour parvenir à cette étape, l’entreprise a dû investir. Après avoir longtemps broyé les coquilles avec un petit broyeur à grains, puis tenté la sous-traitance, les fondateurs ont fait le choix d’internaliser cette opération. Entre 2022 et 2024, ils ont stocké leur matière première le temps de réunir les financements nécessaires à l’achat d’un broyeur industriel de plus de 20 000 euros. L’investissement a été rendu possible grâce au soutien des collectivités, de la Région, de fonds européens et d’une campagne de financement participatif, abondée par la ville de Bordeaux. Coquilles emploie deux salariées à temps partiel en plus de ses deux fondateurs (en production et commercialisation) et affiche un chiffre d’affaires encore modeste, inférieur à 50 000 euros. L’entreprise prépare pourtant une nouvelle étape de son développement avec le recrutement d’un technicien de production pour l’amélioration de son outil industriel et d’un poste en communication graphique. À son échelle, elle démontre qu’un déchet peut devenir une ressource locale, créatrice de valeur, d’emplois et de perspectives pour l’économie circulaire.

Inscription à la newsletter

Notre dernier magazine

Lire nos magazines