Gironde : le marché des livrables à l’heure du prêt à boire

Malgré une légère baisse de fréquentation, le marché des livrables organisé par le Grand Cercle des vins de Bordeaux illustre une évolution des attentes des acheteurs. Alors que les ventes en primeur ralentissent, les propriétés cherchent à répondre à une demande croissante pour des vins immédiatement disponibles.

Philippe de Poyferré et Stéphanie Delécrin, président et directrice du Grand Cercle des Vins de Bordeaux © Nathalie Vallez - Échos Judiciaires Girondins

Pour sa 24e édition du marché des livrables, le Grand Cercle des vins de Bordeaux a accueilli 55 viticulteurs, le 7 septembre dernier au Café Maritime. Les participants ont présenté ainsi plus de 130 vins et cuvées : le millésime 2024, ainsi qu’un millésime livrable complémentaire de son choix. Les viticulteurs qui le souhaitaient ont également présenté une cuvée spéciale : monocépage, sans sulfite, sélection parcellaire, etc. Une façon d’illustrer toute la diversité des vins de Bordeaux.

L’événement a réuni 130 professionnels de la filière : négociants, courtiers, cavistes, acheteurs de grande distribution locale, sommeliers, journalistes, agents commerciaux, ainsi que des étudiants en sommellerie et commerce du vin.

Maintenu malgré les vendanges

Le salon a connu cette année une légère baisse de ses exposants et visiteurs. « Cela correspond à une baisse des adhérents dans un contexte de crise », assure Stéphanie Delécrin, directrice du Grand Cercle des vins de Bordeaux. L’association compte actuellement 107 châteaux (contre 118 en 2025), répartis sur 26 appellations d’origine de la rive droite et la rive gauche de Bordeaux. D’autre part, la date a été maintenue d’un point de vue stratégique mais tombe en pleines vendanges : « Le salon se tient normalement entre les vendanges des blancs et celles des rouges, mais cette année elles sont très précoces en raison de la canicule », regrette Philippe de Poyferré, président de l’association.

Le marché des livrables organisé par le Grand Cercle des Vins de Bordeaux a réuni 130 professionnels du secteur. © Nathalie Vallez – Échos Judiciaires Girondins

Quelques jours plus tard, c’était l’association des Grands Crus Classés de Saint-Émilion qui organisait sa dégustation des livrables adressée aux négociants, autour du millésime 2022. « C’est un moment important où les négociants préparent leurs commandes de Noël avant de repartir sur les marchés », intervient Sylvie Cazes, présidente de l’association des Grands Crus Classés et propriétaire du château Chauvin. Malgré les contraintes de calendrier, ces rendez-vous s’imposent comme des moments forts de la rentrée. « En cette période de doutes et de difficultés pour la filière, ces moments d’échanges et de rencontres sont plus que jamais nécessaires », ont fait savoir les organisateurs du Grand Cercle.

« La crise entre le négoce et la propriété »

Au marché des livrables, les acheteurs recherchent avant tout des vins prêts à boire. « Au moins une trentaine de propriétaires proposaient une cuvée exceptionnelle. On remarque beaucoup de créativité », précise Philippe de Poyferré. Il se pourrait même que l’an prochain, chaque château présente le millésime ou cuvée de son choix.

Le marché des livrables, qui existe depuis près d’un quart de siècle, s’est ainsi modifié avec le temps. « Au départ, le salon n’attirait que les négociants et les courtiers mais on l’a ouvert à tous les professionnels du vin de la région », explique Philippe de Poyferré. « La crise entre le négoce et la propriété est un fait. Le négoce n’est plus à la recherche de propriétés qu’il va construire et pousser. On a inversé, on recherche aujourd’hui ce que désire l’acheteur. » « Il est primordial qu’il y ait des flux continus de livrables toute l’année, renchérit Sylvie Cazes, et cela permet de pousser un millésime en particulier, pour ses qualités. »

Sylvie Cazes à la dégustation des livrables organisée par l’association des Grand Crus Classés de Saint-Émilion. © Nathalie Vallez – Échos Judiciaires Girondins

Un essoufflement des primeurs

Pendant des années, la Place de Bordeaux, système commercial unique qui regroupe négociants et courtiers, a fonctionné grâce à la vente en primeur (des vins en cours d’élevage) qui permettait aux châteaux de s’assurer une année financière. Ce marché spéculatif a fonctionné tant que les vins prenaient de la valeur. Aujourd’hui, il est fragilisé.

« Le négoce, pas plus que les châteaux éloignés des marchés, n’a su anticiper les nouvelles attentes de la consommation, souligne le journaliste et œnologue Henry Clémens dans son ouvrage Le jour où… on a arrêté de boire du bordeaux. Le négoce est assis sur des stocks d’une ampleur sans égale… »

Les primeurs restent toutefois un événement international : « Le monde entier vient à Bordeaux. Mais les ventes en primeur sont très faibles et ne concernent plus que les très grands. Les primeurs et les livrables sont deux événements qui se complètent mais ils n’ont pas la même logique », indique de son côté Philippe de Poyferré. Face à cette conjoncture dégradée et à ces nouveaux modes de consommation, Bordeaux ne vend plus seulement ce qu’il produit, il doit désormais produire et proposer ce que le marché demande.

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