La crise de gouvernance qui secoue depuis 2025 le groupe Castel, fondé à Bordeaux en 1949 par Pierre Castel, qui fêtera ses 100 ans en octobre 2026, monte encore d’un cran avec l’éviction des héritiers de la famille : Romy Castel, la fille unique du fondateur, et Alain Castel, son neveu. Une décision votée le 26 juin lors de l’assemblée générale de DF Holding, holding opérationnelle luxembourgeoise qui chapeaute Castel Vins, Castel Afrique et Somdiaa, et une cascade d’autres sociétés enchevêtrées les unes dans les autres.
« Depuis plusieurs mois, Madame Romy Castel et Monsieur Alain Castel ont multiplié des actions incompatibles avec les intérêts du groupe et le bon fonctionnement de sa gouvernance. Garant de la pérennité du groupe, de la protection de son intérêt social et de ses collaborateurs, le Conseil ne peut laisser cette situation se prolonger davantage. En révoquant Romy et Alain Castel de leur mandat d’administrateur de Castel Vins, il prend la décision qui s’impose de restaurer une gouvernance efficace et garantir la poursuite du développement du groupe dans les meilleures conditions », explique DF Holding dans un communiqué dévoilé par Sud-Ouest le 26 juin.
Romy Castel s’est notamment opposée publiquement au projet de cession de Sosucam (société sucrière du Cameroun), porté par Somdiaa, filiale agro-industrielle du groupe.
Procédures judiciaires
Directeur général de Castel Vins depuis 20 ans, Alain Castel s’était vu révoqué de ses mandats en décembre 2025, « sans explication ni débat », affirment ses avocats, déclenchant cette crise sans précédent. C’est le directeur général du groupe, le Suisse Grégory Clerc, nommé par Pierre Castel, qui remporte cette bataille l’opposant aux héritiers.
En février dernier, ces derniers étaient pourtant parvenus à faire voter la révocation de Grégory Clerc (administrateur) et de Pierre Baer (président) lors d’une assemblée générale extraordinaire de la holding singapourienne du groupe, IBBM. Un vote qu’ils ont contesté avant d’être suspendus par la justice singapourienne. Plusieurs autres procédures judiciaires sont parallèlement en cours.
Valorisation de 14 milliards d’euros
Par la voix de leur avocat, Romy et Alain Castel assurent « contester cette décision avec la plus grande fermeté et dénoncent une nouvelle étape dans l’entreprise méthodique d’accaparement du groupe Castel conduite par Grégory Clerc », qu’ils « soupçonnent de vouloir, à terme, vendre ce pôle vin — c’est-à-dire céder ce par quoi toute l’aventure Castel a débuté, le cœur même du patrimoine que Pierre Castel a édifié en plus de 70 ans ». « L’aventure familiale ne s’arrêtera pas là », conclut Romy Castel dans un communiqué.
Ce sont les héritiers du groupe Castel, valorisé 14 milliards d’euros, qui en « perçoivent la quasi-totalité des fruits financiers », rappelle un article du Point daté du 8 avril 2026.