Couverture du journal du 27/11/2020 Consulter le journal

Condat : un retournement exemplaire

Passer d’un site promis à la fermeture à un investissement pour l’avenir : c’est le retournement salué par la ministre Agnès Pannier-Runacher et le président de la Région Alain Rousset, artisans du sauvetage du plus gros employeur de la Dordogne.

Papeteries de Condat

On avait pu entendre que ce site n’avait plus d’avenir. La Papeterie de Condat, site industriel historique et emblématique, fait partie des trois importantes négociations qui ont occupé Bercy ces derniers mois. Des négociations qui ont abouti aux annonces de ce jeudi 13 février pour pérenniser la première unité française de production de papier graphique, en chiffre d’affaires. « Un travail considérable a été réalisé grâce aux efforts de tous : la réindustrialisation est jouable », résume Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances. « L’objectif est d’être durablement compétitif en Europe et de prendre de l’avance sur la concurrence. » L’investissement sur du matériel d’avenir et sur des compétences nouvelles va le permettre. « C’est le premier dossier qui associe retournement économique et transition écologique à ce niveau d’exigence : on décarbone massivement le site en baissant de deux tiers les émissions de CO2. Et c’est ce qui lui donne de la compétitivité. » Car la rentabilité de la production dépend en effet fortement du coût de l’énergie.

92 millions d’euros d’investissement vont permettre de construire une chaudière biomasse Combustible Solide de Récupération et d’orienter la ligne 8 sur un marché de spécialité plus favorable que le papier couché, à savoir la glassine (papier cristal) et le support d’adhésifs. Alain Rousset résume ainsi ce paradoxe : « si Internet a précipité le destin de ce papier, les étiquettes destinées à Amazon vont sauver Condat ». Il se dit à la fois fier et soulagé.  « J’ai beaucoup de respect pour ce qu’il s’est passé ici. » Les équipes de Bercy, mises à l’honneur lors de cette venue et le groupe Lecta en la personne de son président, Andrea Minguzzi, qui s’est personnellement impliqué, n’ont jamais lâché Condat ; l’attachement du personnel et les efforts des syndicats pour trouver des solutions ont aussi compté. 

La réorientation de ce gros navire industriel va prendre du temps, qu’il s’agisse de formation du personnel ou d’installation du matériel. Les commandes sont d’ores et déjà passées auprès du fournisseur Allimand : bonus, les machines sont françaises ! 

Enfin, avec l’arrivée de nouveaux actionnaires chez Lecta, 400 millions d’euros de dettes ont été effacés. Une bouffée d’oxygène qui permet au groupe de payer trois fois moins de charges financières par an, 15 millions d’euros au lieu de 45. Les chiffres de la part de l’État dans la restructuration sont confidentiels, « c’est le principal contributeur sur ce dossier » et il apporte 14 millions d’euros via l’Ademe (Condat a répondu en novembre à un appel à projet pour l’énergie renouvelable). « Le dossier était international, avec des créanciers anglo-saxons pour lesquels cette usine ne représente rien. Nous avons convaincu des investisseurs privés de nous suivre, ce qui montre que le projet est viable. »

Le plus gros effort de la Région

Alain Rousset annonce un prêt exceptionnel de 19 millions d’euros sans intérêt, voté à l’unanimité, « le plus fort accompagnement jamais engagé par le Conseil régional sur une entreprise en retournement, un mot qu’on ne connaît pas bien en France, y compris sur les fonds propres ». Par ailleurs, 180 salariés volontaires bénéficient déjà du plan de formation mis en œuvre avec la Région, qui a attribué 450 000 euros d’aides, leur détermination se traduisant aussi par le versement au projet de leurs droits individuels de formation. Le président de Nouvelle-Aquitaine rappelle que « 60 % des usines sont à la campagne », dont les fameuses Usines du Futur pour lesquelles sa région est repérée comme précurseur, usines qui ont su repenser leurs process et stabiliser leur personnel. Condat fait vivre tout un territoire : avec la sous-traitance qui lui est liée, le commerce et l’artisanat local, elle pèse près de 2 000 emplois, bien plus que ses 457 salariés et leurs familles. « Les investissements publics locaux vont pouvoir suivre », dit-il. La ministre souligne l’action économique d’un gouvernement « qui répare ainsi le tissu territorial, le fruit d’un travail et d’une intelligence collective. » Une stratégie dont le site concurrent de Bessé-sur-Braye (72) n’a pas réussi à bénéficier.