Couverture du journal du 01/03/2024 Le magazine de la semaine

Hugo Lucine : Le bois dans les veines

CAP-FERRET - Passionné par le bois depuis son plus jeune âge, formé par les frères Bartherotte puis par les Compagnons, Hugo Lucine s’impose comme nouveau nom de la construction bois sur la presqu’île.

Hugo Lucine

Hugo Lucine ©Louis PIQUEMIL - Echos Judiciaires Girondins

Son nom – bien connu de la presqu’île – évoque la pêche et le Bassin. Issu d’une lignée de marins pêcheurs, propriétaires des poissonneries Lucine, l’eau reste un élément fondateur de son identité. C’est pourtant le bois qui définit avant tout Hugo Lucine. Les constructions en bois, c’est une vocation. À 6 ans, il voit son père bâtir sa maison avec ses copains, il est fasciné : « laisser une trace de cette passion pour cet élément noble, vivant qu’est le bois », commente-t-il. Il passe ensuite son temps à « piquer des chutes de bois » pour bricoler dans son jardin. Son bac en poche (« un souhait de ma maman », sourit-il) il enchaîne avec un CAP de menuisier, puis un CAP de charpentier, les deux en alternance chez les frères Bartherotte. Il est alors fin prêt pour engager son tour de France.

TRANSMISSION ET FRATERNITÉ

À 20 ans, Hugo part avec les Compagnons charpentiers des devoirs du Tour de France pour réaliser son compagnonnage. Il y découvre la vie en communauté, les valeurs et la discipline : « On est là pour apprendre et transmettre dans le partage et la fraternité ». On lui enseigne le trait de charpente, le calcul de structure, il s’exerce à tailler des maquettes. Puis il réalise sa maquette, présentée le jour de la Saint-Joseph, pour devenir « aspirant » puis « tailler l’adoption ». L’apprentissage dure 6 ans et demi. Parallèlement, il continue ses études, et prépare un BTS à l’ESB (École Supérieure du Bois) à Nantes. À l’issue de ce parcours, il pense prendre une année sabbatique, voyager, travailler chez un compagnon à Tahiti. Mais nous sommes en mars 2020, le confinement se profile et une rencontre va lui mettre le pied à l’étrier.

© Louis PIQUEMIL – Echos Judiciaires Girondins

LE RÊVE D’UNE CABANE

Il fait la connaissance pendant le confinement d’un avocat bordelais : « Il m’a dit que son rêve était de vivre dans une cabane, qu’il avait attendu toute sa vie d’en avoir une ». L’entente est immédiate. La confiance également : « Il m’a aussi fait confiance parce que j’étais un compagnon. Tous les chantiers de prestige sont faits par des compagnons ». Ils font appel à deux jeunes archis qui créent les volumes extérieur et intérieur. Hugo apporte la forme de la charpente, « tout ce qui est construction structurelle ». Il lance son entreprise pour réaliser ce premier chantier en octobre 2020 et embarque deux amis bricoleurs dans l’aventure. « On avait tous à peu près le même âge, on était beaucoup de jeunes sur ce chantier », se souvient-il. Un premier projet test couronné de succès et livré 14 mois plus tard. Il enchaîne ensuite des petits projets : « du second œuvre avec des aménagements intérieurs, du mobilier, des terrasses » Il soustraite également pour les Bartherotte qui sont surchargés de travail : « Je garde toujours un profond respect pour eux, de l’admiration, c’est eux qui m’ont mis le pied à l’étrier. Ils ont remis la cabane en bois au goût du jour ».

Occupé désormais par un chantier de 4 maisons à l’entrée du Cap-Ferret, il a étoffé son équipe qui se compose de 4 salariés

BEACH BOYS

Occupé désormais par un chantier de 4 maisons à l’entrée du Cap-Ferret, il a étoffé son équipe qui se compose de 4 salariés : « On est tous surfeurs, tous des enfants du pays, sauf un Breton qui s’est très bien intégré. À 29 ans, je suis le plus vieux ! ». C’était pour lui un souhait de créer une équipe homogène avec des jeunes intéressés par la nature : « Ça permet de partager autre chose que le travail ». Mais il a découvert aussi les aspects plus difficiles comme la pénibilité du travail : « c’est très physique donc il faut se muscler ». Puis le niveau de stress de cette fonction : « il ne faut pas se tromper en chiffrant une maison. Il y a aussi le fait d’avoir des salariés : charpentier et chef d’entreprise ce n’est pas du tout le même métier. Ce sont deux mondes, autant au niveau social
qu’au niveau charge mentale ».

Tous les chantiers de prestige sont faits par des compagnons

UN PREMIER CHANTIER NOVATEUR

Maison sur pilotis bois, la cabane repose sur 27 micropieux plantés à la place de la dalle et chape béton sur 8 mètres de profondeur pour la surélever à 1,50 m au-dessus du sol, en conformité avec le PLU. Tout le dessous est en pilotis bois : « Il y a tout un calcul de structure, des contreventements partout. C’était novateur d’avoir tout sur pilotis bois », commente Hugo Lucine à propos de sa première réalisation. Parti d’un plan 3D, il a tracé chaque morceau à la main. La maison a été réalisée avec un maximum de produits naturels et locaux : le pin maritime vient de la forêt des Landes, via la scierie Poumeyrau à Salles, et les menuiseries de L’Atelier du Bois à Lège. Il a également fabriqué tout l’aménagement intérieur : tablettes, comptoir, étagères, cage d’escalier et plans de travail. Un premier chantier test livré en mars 2022 !

© Louis PIQUEMIL – Echos Judiciaires Girondins