Couverture du journal du 24/09/2021 Consulter le journal

Isabelle Gorce : Une technicienne en action

La première présidente de la Cour d’appel de Bordeaux a exercé une grande partie de sa carrière dans l’administration pénitentiaire, tout en découvrant d’autres univers avec la Justice en fil conducteur.

Isabelle Gorce

© Atelier Gallien - Echos Judiciaires Girondin

Ce que je préfère dans mon métier, c’est son extrême variété, tout en gardant une ligne directrice : la Justice », prévient Isabelle Gorce, première présidente de la Cour d’appel de Bordeaux. L’autre fil rouge de sa carrière, c’est son rôle dans l’administration pénitentiaire. « Nous sommes des techniciens du droit, mais pas que, il y a aussi la dimension humaine. » Et de rajouter : « Je connais peu d’univers professionnel d’une telle intensité ». Magistrate, c’est une vocation : « La position, d’arbitre, c’est important pour moi, de rendre justice aux personnes en situation de fragilité ».

Pourtant, juste après, Isabelle Gorce sourit : « Et bizarrement j’ai peu exercé en tant que juge ! ». Après un début de carrière à Lille en tant que juge d’instance, elle entre au ministère de la Justice, où elle choisit l’administration pénitentiaire. C’est un choix presque par défaut, et pourtant, elle y restera 12 ans et occupera de multiples fonctions, comme chargée de mission à la création des Spip (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) pour finir sous-directrice, où elle élabore le premier projet de loi pénitentiaire. Après un passage au TGI de Paris, où elle s’occupe du droit de la construction, « intéressant et très technique », précise-t-elle, elle va occuper un poste plus technique encore à la Première Chambre de la Cour de cassation, dédiée au droit de la famille. Là, elle intervient avec des experts sur l’application du droit « comme une recherche appliquée sur des sujets très pointus ». Après 5 années passionnantes, cette femme d’action renoue avec l’administration pénitentiaire en prenant la direction régionale de Bordeaux où elle dirige un vaste territoire.

Mais l’expérience tourne court dans un contexte administratif et politique compliqués dont elle fait les frais. Elle soignera cette blessure grâce au soutien de sa famille, de ses collègues, et du sport. « La réparation institutionnelle » qu’elle souhaite intervient, après la présidence du TGI de Troyes, elle est nommée par Christiane Taubira présidente de l’administration pénitentiaire. Une expérience d’une richesse incroyable, marquée par les attentats de 2015. « On a découvert l’ampleur de la radicalisation. » Elle œuvre au plan de lutte contre ce phénomène, mais aussi au « module de respect » un modèle qu’elle a importé d’Espagne. « Il ne faudrait pas beaucoup de moyens (financier, de personnel et surtout de simplification des procédures) pour que ça fonctionne beaucoup mieux », regrette-t-elle.

Elle restera également marquée par son récent passage à la présidence du TGI de Marseille, « J’ai adoré la ville, la juridiction, les gens… » avant de prendre ses fonctions à la cour d’appel de Bordeaux… Ici, elle s’occupe du pilotage général administratif, DRH et budgétaire de la cour et de son ressort. Très sollicitée par l’administration centrale, elle s’occupe également de l’animation des fonctions juridictionnelles, sans compter les colloques et autres rendez-vous. « C’est varié, c’est ce que j’aime » sourit-elle.

À mots découverts

Vos lectures

« C’est un chef-d’œuvre : La fin de l’homme rouge de Svetlana Alexievitch, c’est passionnant car ça bouleverse tous les préjugés sur la vie des Soviétiques. On découvre le sentiment national, l’aspiration d’un peuple à quelque chose qui le dépasse lui-même. C’est édifiant. Le grand livre de ma période de confinement, c’est Le Courage de la vérité de Michel Foucault, son dernier cours au collège de France. C’est impressionnant, tellement limpide, très beau. Et mon objectif pour ces vacances, c’est de lire Les Essais de Montaigne en français moderne. Et cette citation qui me guide : « Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. » »

Votre film culte

« Celui qui m’a marquée et que j’ai vu plusieurs fois Dans ses yeux de Juan José Campanella, une enquête policière sous la dictature argentine. Cest un très beau film d’amour, et aussi sur la confrontation entre justice et vengeance. C’est redoutable. »

Musique…

« C’est très éclectique, de Bach à Texas. Mais ce que j’aime surtout c’est le jazz contemporain, et en particulier nordique. J’ai tous les disques de Nils Petter Molvær, un trompettiste très reconnu en Norvège, c’est très planant. »