Couverture du journal du 30/07/2021 Consulter le journal

Les multiples formes du mécénat culturel, avec Vida Konikovic du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Vida Konikovic est responsable de la valorisation culturelle du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Elle nous explique l’importance stratégique du mécénat pour le musée bordelais.

Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Musée des Beaux-Arts de Bordeaux © Mairie de Bordeaux, photo Frédéric Deval

Échos Judiciaires Girondins : Quelle place occupe le mécénat au sein du musée ?

Vida Konikovic

Vida Konikovic, Responsable de la valorisation culturelle du Musée des Beaux-Arts de Bordeaux © atelier Gallien

Vida Konikovic : « Les musées s’appuient énormément sur le mécénat pour fonctionner, et sans lui, beaucoup de projets seraient impossibles, c’est une activité clé. Cela nous permet d’avoir une politique plus ambitieuse. Dès qu’on a un projet d’envergure, on réfléchit avec les commissaires d’exposition aux entreprises qui pourraient être intéressées. Par exemple, en ce moment c’est la saison britannique, et on a contacté les entreprises qui ont un lien avec la Grande-Bretagne. L’intérêt d’une entreprise passe parfois par un thème, mais aussi par celui plus générique pour les Beaux-Arts, ou même pour la Région. En général, c’est une rencontre de projet, c’est toujours une histoire de chance, de rencontre humaine, un coup de cœur. »

 

EJG : Qui sont vos mécènes ?

V. K. : « Ce sont parfois des entreprises nationales qui ont une antenne locale, comme Renaulac/Hempel ou Mazars, des châteaux comme Château Kirwan, mais aussi de toutes petites TPE, des commerces, des associations telles que Mécénart, des fondations comme la fondation Philippine de Rotschild… Nous avons aussi la chance d’avoir une société des amis du musée très dynamique, qui rassemble donateurs individuels et entreprises pour organiser des conférences d’une qualité remarquable et offrir des œuvres au musée. C’est très complémentaire et elle a cette activité de conférences et rassemble des donateurs individuels, et quelques entreprises. »

 

EJG : Comment s’exerce le mécénat ?

V. K. : « Il s’agit d’une part de trouver des ressources financières. Le château Haut-Bailly, qui est un de nos grands mécènes, nous a permis de programmer plusieurs expositions très ambitieuses comme « La Passion de la liberté » où nous avons fait venir à Bordeaux 40 œuvres du Louvre pour la saison culturelle « Liberté ». Mais le mécénat nous permet aussi de renforcer nos liens avec la sphère économique. Les dons en nature permettent de promouvoir l’activité de certains partenaires. Comme l’hôtel Mercure qui nous offre des nuitées pour accueillir les invités du musée pour la programmation culturelle, ou encore des dégustations de vin offertes pour les vernissages. Enfin, il y a des dons d’œuvres et des legs, comme récemment le legs de Robert Coustet. Ce grand historien d’art, qui a constitué une très riche collection, a légué peintures, sculptures, œuvres graphiques. On lui a rendu hommage par une exposition. »

Le mécénat est une manière très efficace pour un chef d’entreprise de communiquer sur son engagement et ses valeurs

EJG : Les entreprises trouvent aussi des avantages en s’engageant dans le mécénat…

V. K. : « Le mécénat est un lien qui se crée entre l’entreprise et le musée à plusieurs niveaux. Il y a un don, mais aussi des contreparties comme la privatisation du musée pour l’organisation de réceptions, des visites privées, la possibilité de découvrir les coulisses du musée. Cela permet pour une entreprise de montrer ses valeurs aussi bien à ses clients qu’à ses collaborateurs. Le mécénat permet de toucher ainsi davantage ces publics actifs. On leur réserve un accueil privilégié. Dans les grandes entreprises, le mécénat se tricote avec les RH, ce n’est pas seulement un don financier, et le mécénat est une manière très efficace pour un chef d’entreprise de communiquer sur son engagement et ses valeurs. »

 

EJG : Il y a la crainte que le mécénat d’art soit impacté par la crise au profit d’autres actions…

V. K. : « Les entreprises sont parfois confrontées au choix de soutenir la culture ou d’intervenir dans le champ social, qui peut sembler plus urgent dans un contexte de crise économique. Quand on soutient un projet du musée des Beaux-Arts, on peut faire les deux puisque les expositions sont toujours accompagnées d’un vaste programme pédagogique et d’actions avec les publics dits « éloignés » du musée ou « empêchés », avec des actions hors les murs… On accueille des scolaires, des centres de loisirs. Donc la mission éducative du musée est essentielle. Nous menons aussi des projets au long cours avec les personnes incarcérées au centre pénitentiaire de Gradignan, des personnes hospitalisées en psychiatrie à Charles Perrens, Lormont et Cadillac. Cela a donné lieu à des expositions au musée ou sur leur lieu de vie. Par exemple, pour la saison culturelle « Liberté », il y avait des créations : oiseaux en terre cuite et collages, et des enregistrements de témoignages de personnes incarcérées sur la notion de liberté. On travaille toute l’année avec des associations telles qu’Emmaüs, ATD quart monde, Restos du cœur, Promofemmes… Le musée appartient à tous, et chacun doit y trouver sa place. »

 

UNE EXPO ROSA BONHEUR EN 2022

« À l’occasion du bicentenaire de la naissance de l’artiste d’origine bordelaise Rosa Bonheur, le musée rend hommage à celle qui a développé des thématiques telles que la peinture animalière, la vie paysanne et la peinture de paysage dans des formats parfois gigantesques. Elle appartenait à une famille d’artistes dont on a une collection d’œuvres très importante. C’est une artiste qui était immensément célèbre de son vivant, elle a eu une vie truculente, elle a côtoyé l’impératrice Eugénie, Buffalo Bill. On a imaginé cette rétrospective avec le musée d’Orsay en deux étapes à Bordeaux puis à Paris. Elle sera accompagnée d’un programme pédagogique et d’accessibilité. C’est une exposition très ambitieuse, avec de très grands formats. Nous sommes en pleine sollicitation d’entreprises mécènes défendant une culture d’excellence, ou sensibles à l’émancipation des femmes, à l’égalité homme/femme, ou intéressées par la nature et la cause animale. »