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Nouvelle-Aquitaine : L’économie au ralenti en 2023

Après une année 2022 « bien meilleure qu’attendu », l’activité économique devrait ralentir en 2023 dans l’ensemble des secteurs d’activité. Les entreprises s’attendent à subir une contraction de leurs marges et une baisse de leur rentabilité, selon les enquêtes de conjoncture de la Banque de France régionale et de la CCI Bordeaux-Gironde.

Bordeaux métropole, bordeaux

Bordeaux Métropole © Shutterstock

C’est une année placée sous le signe de l’incertitude et du ralentissement économique qui se profile, selon la Banque de France (1) et la CCI Bordeaux-Gironde (2), qui présentaient leurs enquêtes de conjoncture le 1er février dernier, à la station Ausone de la librairie Mollat, à Bordeaux.

« L’année 2022 a finalement été satisfaisante et bien meilleure qu’attendu », a estimé le directeur régional de la Banque de France, Denis Lauretou, avec un PIB national en croissance de 2,6 %. « Mais le ralentissement général qui a débuté en fin d’année est annonciateur de la tendance 2023, où la prévision de croissance est de seulement 0,3 %. Une reprise est attendue dès 2024 ou 2025 », a-t-il voulu rassurer. L’inflation, qui a commencé par les prix des matières premières puis de l’énergie, « s’est diffusée au reste de l’économie », constate-t-il, et les difficultés de recrutement persistantes affectent l’activité, le taux de chômage atteignant 6,6 % en Nouvelle-Aquitaine (7,3 % au niveau national). Malgré tout, le taux de défaillances d’entreprises reste en 2022 en deçà des chiffres de 2019.

Les industriels anticipent des investissements en hausse, en particulier dans le gain d’autonomie énergétique et la transition numérique. (Yannick Portejoie)

NOUVEAUX CHOCS

De nouveaux chocs pourraient advenir en 2023, ayant un fort impact sur l’économie, et notamment « une extension de la guerre d’Ukraine vers l’Europe ou encore une fragmentation géopolitique », prévient Denis Lauretou. Pour y faire face, selon le président de la CCI Bordeaux-Gironde, Patrick Seguin, « les chefs d’entreprises ne devront pas rester seuls. De nombreux dispositifs existent pour les soutenir, pour répondre à l’explosion des prix de l’énergie par exemple, mais ils doivent se rapprocher des CCI, des réseaux d’entrepreneurs, des syndicats… pour savoir qu’ils peuvent en bénéficier et comment ». Autre point de vigilance : « il faut changer notre approche du recrutement et réaliser que les entreprises les plus performantes sont celles qui traitent le mieux leurs collaborateurs », affirme Patrick Seguin. « L’entreprise demain sera sociétale et environnementale ou ne sera pas. Il faut faire des contraintes des opportunités », a-t-il clamé.

Les chiffres d’affaires ne baissent pas, mais les marges baissent. Il faudrait repenser les charges sociales sur la restauration traditionnelle. Jean-François Tastet

AUCUN SECTEUR ÉPARGNÉ

L’ensemble des secteurs d’activité devraient donc subir une contraction de leurs marges et une baisse de leur rentabilité en 2023. La demande reste porteuse dans l’industrie, avec des projections de croissance du chiffre d’affaires à 4,1 % en 2023 (contre 9,9 % en 2022), mais une rentabilité en berne.

Par ailleurs, « les industriels anticipent des investissements en hausse, en particulier dans le gain d’autonomie énergétique et la transition numérique », précise Yannick Portejoie, responsable du pôle études de la Banque de France en Nouvelle-Aquitaine. « Les industriels sont optimistes en ce début d’année : 74 % sont confiants dans la pérennité de leur entreprise », note Nathalie Wong-So, cheffe de projet études économiques à la CCI Bordeaux-Gironde. Même son de cloche pour les services marchands, dont l’activité devrait être en progression de 3,7 % en 2023 (contre 5,6 % en 2022), avec cependant des disparités par secteur et une baisse de la rentabilité. Les CHR quant à eux ont terminé 2022 sur une note négative qui pousse 50 % d’entre eux à ne pas croire en leur pérennité selon la CCI. Le secteur de la construction s’attend pour sa part à une contraction de 0,3 % de son activité (contre + 3 % en 2022), en raison de l’érosion des carnets de commande fin 2022. « Il est également à noter que de nombreux appels d’offre publics sont restés infructueux », intervient Patrick Seguin. Enfin, les commerçants sont eux aussi pessimistes et craignent une forte contraction de leur chiffre d’affaires en 2023, après une fin d’année dont la fréquentation a été en deçà de leurs attentes.

UNE SAISON BIEN ORIENTÉE

Trois chefs d’entreprise et représentants de filière ont apporté leur témoignage. Sylvie Cazes, présidente de la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, de Bordeaux Saveurs et propriétaire de restaurant et châteaux, confirme les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les viticulteurs, auxquelles s’ajoute la baisse de consommation de vin en France.

La saison oenotouristique reste en revanche bien orientée en 2023, après une très belle année 2022. Jean-François Tastet, président de Côté Mer Côté Bassin, qui compte 12 restaurants sur le bassin d’Arcachon et emploie 400 salariés à l’année (plus 200 l’été), a pour sa part connu une « saison 2022 excellente, en hausse de 2 % par rapport à 2019 », et cela en dépit d’un impact important des incendies dans les zones concernées.

« Les chiffres d’affaires ne baissent pas, mais les marges, elles, baissent. Il faudrait selon moi repenser les charges sociales sur la restauration traditionnelle », lance-t-il. Enfin, « le problème récurrent du recrutement s’est accentué. Pour y faire face, il va falloir casser les codes. Nous, nous proposons un beau cadre de vie, de la formation, de la bienveillance et des salaires revalorisés », assure Jean-François Tastet. Pour terminer, le directeur général d’Alliance Forêts Bois, Stéphane Viéban, qui réunit 18 coopératives départementales dans l’ensemble des secteurs de la transformation du bois, a rappelé que « la région Nouvelle-Aquitaine est la seule bénéficiaire en matière d’exportation de bois grâce à sa forêt de 3 millions d’hectares très diverse. Notre défi aujourd’hui : adapter la forêt au changement climatique et travailler collectivement pour éviter les incendies ». Si 2020 et 2021 ont été des années très fastes, « l’ensemble de la filière bois-forêt a fait une bonne année 2022, mais ce sera plus compliqué en 2023 », prévient-il.

 

(1) L’enquête annuelle de la Banque de France en Nouvelle-Aquitaine a été réalisée en décembre auprès d’un échantillon de 3 500 entreprises et établissements représentant 260 000 emplois. Les résultats sont pondérés en fonction du poids des emplois de la filière

(2) L’enquête trimestrielle de la CCI Bordeaux-Gironde, réalisé du 5 au 10 janvier 2023, repose sur un solde d’opinions de 600 chefs d’entreprises représentatifs du tissu économique girondin.

 

BANQUE DE FRANCE NOUVELLE-AQUITAINE : UNE NOUVELLE DIRECTRICE

Fin avril 2023, la Banque de France de Nouvelle-Aquitaine célébrera le 175e anniversaire de sa création avec un colloque sur les banques centrales et les territoires. Elle accueillera également son 26e directeur, et pour la première fois une directrice : Marie-Agnès de Chérade de Montbron, directrice régionale de la Banque de France Centre-Val de Loire depuis 2021. Elle remplacera Denis Lauretou, nommé en Occitanie, qui dirigeait la Banque de France de Nouvelle-Aquitaine depuis février 2019.