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Nouvelle-Aquitaine : les experts-comptables mobilisés pour détecter les difficultés

Face à la hausse continue des défaillances d’entreprises en Nouvelle-Aquitaine, les experts-comptables veulent renforcer leur rôle de vigie auprès des dirigeants. Réunis le 2 juillet par l’Ordre des experts-comptables, les professionnels ont insisté sur leur responsabilité dans l’identification des signaux faibles et l’accompagnement des dirigeants avant l’ouverture d’une procédure collective.

Ordre des experts-comptables de Nouvelle-Aquitaine

Le 2 juillet, l'Ordre des experts-comptables de Nouvelle-Aquitaine organisait une Journée de la prévention pour renforcer l'accompagnement des entreprises en difficulté. © Astrid Gouzik - Echos Judiciaires Girondins

On pensait avoir atteint un « plateau » des défaillances en 2025 avec 1 816 procédures collectives ouvertes, en hausse de 4 % par rapport à 2024, selon les chiffres de tribunal de commerce de Bordeaux. Les chiffres du 1er trimestre 2026 publiés par Altares dépeignent un paysage plus sombre. Sur l’ensemble de la Nouvelle-Aquitaine, 1 971 défaillances ont été enregistrées sur les trois premiers mois de l’année, soit une hausse proche de 18 %. Une augmentation bien plus marquée que le niveau national qui s’établit à + 6,4 %. Si le territoire est inégalement touché (le nombre de défaillances a baissé de 26 % dans les Landes), la Gironde est durement atteinte par la crise sans précédent qui secoue le secteur viticole.

Une marge pour agir

Face à ce constat sinistre, l’Ordre des experts-comptables de Nouvelle-Aquitaine organisait, le 2 juillet dernier, une journée dédiée à la prévention des difficultés. « Tous les cabinets sont ou seront impactés par les défaillances des entreprises. Les procédures amiables demeurent trop peu utilisées, les sauvegardes représentent une trop faible part des procédures… Nous avons encore une marge pour agir », a assuré Delphine Sabatey, présidente de l’Ordre en préambule de cette journée.

Un constat partagé par Christian Lallé, président du tribunal de commerce de Libourne : « nous ne sommes pas encore assez offensifs sur l’anticipation et la prévention ». En témoigne le chiffre brandi par Christophe Duportal, président de la chambre socio-économique n°5 du tribunal de commerce de Bordeaux : « 67 % des dossiers ouverts au tribunal de commerce de Bordeaux aboutissent en liquidation ».

Déclencher les rendez-vous au TC

« Les juridictions font un effort majeur de communication concernant les mesures préventives que sont la conciliation et le mandat ad hoc, a pourtant salué Aurélien Morel, administrateur judiciaire à Bordeaux. Mais les experts-comptables ont un rôle à jouer en déclenchant encore davantage les rendez-vous de leurs clients auprès du tribunal ». « Ces rendez-vous de prévention sont confidentiels, il ne faut pas hésiter à pousser la porte du bureau du président », a souligné Christophe Duportal.

Et d’égrener les signaux faibles qui doivent alerter les dirigeants ainsi que les professionnels qui les conseillent :
– financiers (fonds propres négatifs, trésorerie dégradée…)
– opérationnels (perte de marché, mutations techniques, conflits sociaux…)
– gouvernance (conflits internes, démissions, blocages décisionnels).

Détecter les signaux

« Les experts-comptables doivent jouer un rôle central dans la détection de ces signaux faibles, a rappelé Aurélien Morel. Et nous avons besoin de vous, car nous avons besoin de la documentation financière pour bien accompagner les entrepreneurs ».

En effet, leur rôle est crucial dans la préparation de l’ouverture de la procédure (notamment pour calculer la différence entre l’actif disponible et le passif exigible pour déterminer si la société est en état de cessation des paiements). « Nous demandons aux experts-comptables d’accompagner leurs clients au rendez-vous d’ouverture devant le président du tribunal de commerce pour les amiables ou devant les juges pour les procédures collectives afin de les soutenir dans ce premier contact et pour répondre aux questions posées concernant le prévisionnel et la situation de trésorerie », a appuyé Delphine Sabatey.

Parmi les leviers cités pour soulager la pression financière qui pèse sur les entreprises, Lucas Sarlange, référent de la commission prévention de l’Ordre, a évoqué les niveaux des loyers : « leur renégociation doit devenir un sport national, notamment pour les baux antérieurs à 2020 qui seraient trop élevés ».

Un accompagnement psychologique

Enfin, Christian Lallé a rappelé : « derrière le chef d’entreprise, il y a un homme ou une femme, des salariés, des familles… Nous devons être particulièrement attentifs à leur santé mentale et ne pas hésiter à les orienter vers l’association Apesa (aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aiguë). Il m’arrive régulièrement le soir, en rentrant chez moi, de rappeler un entrepreneur reçu dans la journée car j’ai perçu sa souffrance ».