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Novaptech : le potentiel insoupçonné des aptamères

GRADIGNAN. Cofondée par Marine Faussillon-Laville et Jean-Jacques Toulmé, ancien directeur de recherche à l’université de Bordeaux, Novaptech est la seule biotech française à maîtriser la technologie des aptamères. Ces fragments d’ADN synthétiques sont capables d’identifier n’importe quelle cible, avec des applications potentiellement infinies.

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Marine FAUSSILLON-LAVILLE, présidente de Novaptech, lors de l'inauguration de son nouveau laboratoire de Gradignan, le 31 mai, en présence du président du Conseil régional Alain ROUSSET, et du maire de Gradignan, Michel LABARDIN. © Novaptech

Seule biotech française sur la vingtaine d’entreprises dans le monde qui travaillent sur les aptamères, des fragments d’ADN synthétiques aux applications multiples, Novaptech a inauguré son nouveau laboratoire à Gradignan, le 31 mai dernier. « Il s’agit d’une étape importante pour notre entreprise, créée avec Marine Faussillon-Laville en 2014. L’aboutissement d’une histoire qui a commencé au début des années 1990 à l’université de Bordeaux, lorsque j’ai créé une unité de recherche Inserm focalisée sur l’utilisation des aptamères pour des applications en santé, qui compte aujourd’hui une centaine de personnes », explique Jean-Jacques Toulmé, directeur scientifique et cofondateur de Novaptech, qui fut également directeur de l’Institut européen de chimie et biologie (IECB) basé à Pessac.

Concurrents des anticorps traditionnels et plus compétitifs, leur production par synthèse chimique garantissant « traçabilité, obtention de grandes quantités, facilité de transport et de stockage », les aptamères « sont entrés dans une phase de marché exponentielle. Nous constatons une forte appétence des collectivités, des académiques et des industriels dans les secteurs des sciences de la vie, de la pharmacie, de l’agroalimentaire, de l’environnement, des cosmétiques, etc. », se félicite Marine Faussillon-Laville, présidente de Novaptech.

Plateforme robotisée unique

Les aptamères, mot qui signifie littéralement « polymère capable de », sont constitués de séquences d’ADN synthétiques, fabriquées à base d’oligonucléotides (de courts segments de chaînes ARN ou ADN), dont la structure leur donne la capacité de reconnaître une cible. « Utilisés pour des applications diagnostiques, thérapeutiques ou analytiques, les aptamères permettent de cibler, détecter, quantifier ou capturer des agents chimiques ou biologiques d’intérêt », décrit Jean-Jacques Toulmé.

Les candidats aptamères sont tout d’abord sélectionnés manuellement ou automatiquement grâce à une plateforme robotisée unique qui met des millions de milliards de combinaisons face à la cible visée. Ils sont ensuite identifiés par analyse bio-informatique. Puis ils sont caractérisés : on calcule leurs propriétés de reconnaissance de la cible. Avant d’être synthétisés et intégrés dans un biocapteur. « Lorsque l’aptamère interagit avec sa cible, un signal est envoyé », précise Jean-Jacques Toulmé, dont l’équipe a identifié une centaine d’aptamères depuis 2014.

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Novaptech a développé une plateforme robotisée unique dédiée à la sélection automatisée de candidats aptamères. © EJG

 

International

« Nous avons déjà investi plus de 2 millions d’euros en R&D pour développer nos solutions », poursuit Marine Faussillon-Laville, avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine, d’Aquiti et de Bpifrance, notamment. Mais surtout grâce à son chiffre d’affaires issu de la vente de prestations. La biotech a ainsi développé des aptamères capables de typer un vaccin pour une société pharmaceutique européenne, de détecter des spores sur les plantes pour une société israélienne, des fongicides dans l’eau et les matières premières alimentaires ou encore un défaut de structure des cheveux pour un spécialiste mondial des cosmétiques…

« Notre chiffre d’affaires se fait à 65 % à l’international, principalement en Europe, aux États-Unis et en Asie, où nous souhaitons renforcer notre présence », précise Marine Faussillon-Laville.

 

Grippe aviaire et SDR porcin

80 % de l’activité de Novaptech reste tournée vers ses projets de R&D propres, avec l’objectif de mettre de premiers produits sur le marché d’ici deux ans, « qui constitueront nos revenus dans l’avenir », espère la dirigeante.

La biotech travaille ainsi sur la détection d’antibiotiques dans le lait. « Nous sommes également partenaires de trois grands projets européens en cours visant à détecter des virus dans l’air des élevages (grippe aviaire, SDR porcin…) ; en pisciculture, pour suivre l’état sanitaire des poissons via la détection d’agents pathogènes et de marqueurs immunitaires ; et en santé humaine sur la détection de biomarqueurs précoces de la maladie d’Alzheimer », détaille Jean-Jacques Toulmé.

En 2025, Novaptech souhaite renforcer son équipe d’une dizaine de personnes ultraspécialisées, avec 5 recrutements. « Mais ce savoir-faire est rare dans le monde, car il s’agit d’une technologie de rupture qui n’est pas encore mature », note Marine Faussillon-Laville. Reste que « le potentiel de ses applications est énorme, sur des marchés qui seront eux aussi énormes », anticipe-t-elle.

 

Novaptech travaille notamment sur la détection de biomarqueurs précoces de la maladie d’Alzheimer

Stratégie de « tentacularisation des partenariats »

« Nous voulons être la locomotive qui va tirer le marché des aptamères. Nous nous sommes donc positionnés dès le départ en acteur-clé, à travers une stratégie de tentacularisation des partenariats », expose Marine Faussillon-Laville. La société travaille ainsi avec des équipes de recherche académiques (CNRS, EICB…) et a cofinancé avec la Région Nouvelle-Aquitaine un « interféromètre de biocouches » (BLI), permettant la caractérisation des aptamères, installé à l’IECB, pour lequel elle dispose d’un accès privilégié. Son partenaire, le spécialiste européen de la synthèse d’oligonucléotides, le laboratoire belge Eurogentec, produit pour elle les aptamères. Enfin, pour ses biocapteurs, Novaptech a « développé avec GoyaLab, une start-up de l’Institut d’Optique d’Aquitaine, un spectromètre portable mesurant l’intensité lumineuse de la réaction. Nous travaillons aussi sur des bandelettes de test avec la société strasbourgeoise PolyDtech », égrène Jean-Jacques Toulmé.