Couverture du journal du 27/01/2023 Le magazine de la semaine

Talents des cités : 2 Girondins sur le devant de la scène

La 21e édition du concours Talents des Cités, qui a pour but de valoriser l’initiative entrepreneuriale des Quartiers Prioritaires, avait lieu dernièrement. Tous deux lauréats régionaux, Flavien Brizard et Mélina Pulval-Dady nous racontent leur parcours d’entrepreneurs.

© DR

1- ALRJ : lutter contre l’allergie alimentaire

« Je voulais avoir une activité qui ait du sens et ça me prend aux tripes puisque le premier concerné, c’est mon garçon. » Lorsque Flavien Brizard perd son emploi pendant la période du Covid, il décide de se lancer dans la création d’entreprise : ALRJ. Le concept : un site d’information sur les allergies alimentaires et la production de vêtements et accessoires de prévention pour les enfants souffrant de cette pathologie. « Je suis parti sur le concept le plus simple du monde, qui est de directement afficher l’allergène sur le vêtement pour éviter les contaminations lorsque l’enfant est en collectivité », développe le créateur. Pour cause, 90 % des contaminations ont lieu en dehors du domicile parental. « J’ai découvert ce que c’était de gérer cette pathologie au quotidien aussi bien du côté parents, qu’enfants mais aussi au niveau des institutions » : l’origine de ce projet vient de la propre expérience du Girondin face à un enfant souffrant d’allergie alimentaire. Une pathologie qui peut s’avérer mortelle, puisque dans le cas extrême, en cas de choc anaphylactique, la personne présente dispose de 15 minutes pour sauver la vie de l’enfant atteint.

L’allergie alimentaire touche 8 % des enfants en France

Le jeune papa est ainsi parti d’un constat : les enfants en bas âge ne savent pas gérer cette pathologie, ce qui augmente le risque. « Dès que l’enfant n’est pas sous la supervision de ses parents, il y a un risque permanent d’absorption d’un allergène avec des conséquences qui peuvent être grave », argumente Flavien Brizard. L’histoire d’ALRJ débute ainsi avec une simple plateforme d’information. L’allergie alimentaire touche 8 % des enfants en France, un chiffre qui a doublé en 10 ans,  » mais c’est une maladie qui souffre du manque d’information et de communication ». Il ne souhaite évidemment pas remplacer le diagnostic d’un médecin. Le créateur d’ALRJ cherche à améliorer la gestion quotidienne des parents en attendant une prise de rendez-vous qui médical, « qui peut parfois prendre six mois ».

LES INSTITUTIONS AU RENDEZ-VOUS

Flavien Brizard © DR

Après l’étape de la communication, puis de la création de vêtements, l’entrepreneur a été sollicité par plusieurs institutions telles que les crèches, écoles, collèges, et même lycées. « J’avais mis en place des trousses personnalisables pour les médicaments, c’est ce qu’on appelle les trousses PAI (Projet d’Accueil Individualisé) » : chaque enfant ayant une pathologie qui nécessite des médicaments doit obligatoirement avoir cette trousse lorsqu’il est accueilli en collectivité. « J’ai fait le choix de personnaliser ces trousses en y attachant un porte-clé avec à la fois la photo de l’enfant et son nom avec sa classe, si c’est un personnel de l’école qui ne connaît pas les enfants cela permet d’être beaucoup plus réactif », précise le Girondin. Cet accessoire devient une partie importante du développement d’ALRJ : les institutionnelles souhaitent harmoniser l’outil.

HÉBERGÉ CHEZ 1KUBATOR

Avant d’arriver à un tel développement, Flavien Brizard est passé par plusieurs étapes de création d’entreprise. D’abord, en intégrant une coopérative, Co-Actions. Ce Collectif écoresponsable lui a permis de structurer son projet d’e-commerce et d’apprendre la production et l’expédition d’objet. C’est en juin 2021 que l’aventure d’ALRJ prend un tout autre tournant : « J’ai demandé à une connaissance en relations presse de faire un communiqué de presse, ce dernier a été repris par l’AFP, puis celui de l’AFP par des médias du monde entier ». Tout s’accélère : le site connaît alors une énorme vague de commandes. Paradoxalement, c’est aussi à ce moment-là que le créateur fait face à ses premières difficultés : « Je faisais produire mes textiles par des imprimeurs sur Bordeaux, la vague a fait qu’ils m’ont lâché, la personnalisation n’était pas assez intéressante pour eux ». Le Girondin se retrouve face à deux observations : il a la preuve que son idée peut fonctionner, mais le projet qu’il imaginait comme une petite TPE/PME avait besoin d’avoir une tout autre ambition. « J’ai arrêté toute communication, je me suis posé pour réfléchir et c’est là que j’ai décidé d’intégrer 1Kubator, pour apprendre à structurer mon projet avec un objectif de croissance », confie-t-il.

« JE VEUX QUE MON PROJET VIVE ET GRANDISSE À CENON »

« Avoir une reconnaissance de son travail, ça fait du bien » : Flavien Brizard a ainsi récemment été nommé lauréat régional des Talents des Cités, concours qui récompense les porteurs de projets et entrepreneurs issus ou installés dans les Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville. Pour l’entrepreneur, au-delà de la reconnaissance par des institutions, cela donne également de la crédibilité à son projet. « Je suis issu à l’origine d’une cité ouvrière, et on a une vision de la cité où il faut vite se sortir de là pour réussir », regrette-t-il. Pour le Girondin, il n’y a aucun doute : la cité est un lieu de vie où il y a de belles volontés et personnalités. Aussi, il souhaite ouvrir un local à Cenon, là où il réside : « C’est la ville dans laquelle je vis et c’est là que je veux que mon projet vive et grandisse ».

En 2021, son communiqué repris par l’AFP a fait le tour du monde : son site a connu une énorme vague de commandes

FAIRE EXISTER ALRJ DANS D’AUTRES PAYS

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Prochaine étape pour l’entrepreneur : le recrutement. « La structure est en train de bien fonctionner et je suis en train de solliciter des partenaires financiers pour pouvoir recruter et aussi avoir un local », développe-t-il. Flavien Brizard a vocation à recruter en local : « J’ai envie de recruter des Talents des cités près de chez moi ». Dans un avenir plus lointain, et avec une réelle demande à l’international, il n’as l’intention de se limiter à la France. Malgré les demandes actuelles pour d’autres pays, il ne souhaite pas se lancer dès maintenant, car le jeune papa ne veut pas que ses produits traversent le monde : « Ce n’est pas du tout dans ma logique écoresponsable ». Il envisage plutôt de faire exister ALRJ dans d’autres pays, mais avec une production locale à chaque fois. « C’est quelque chose qui peut potentiellement arriver à l’horizon 2025 », annonce Flavien Brizard.

 

2- « Mon Outfit » : Le vêtement urbain et créatif

« Ce sont eux qui vont m’imposer leurs tendances » : Mélina Pulval-Dady est en pleine création de sa future marque de vêtements, « Mon Outfit ». Le concept : une marque dans l’univers urbain et sport wear pour homme et femme, et bientôt enfant. Vêtements, accessoires, chaussures : tout sera disponible sur sa boutique en ligne. Au-delà de sa marque, la Bordelaise a pour projet de n’embaucher que des personnes issues de quartiers prioritaires : « Je suis de tout coeur avec eux, j’ai vécu la même chose qu’eux, il y a cette discrimination liée au secteur d’origine et j’ai envie de les aider ». Stages, alternances ou bien CDD : sa porte sera ouverte à tous. « Mon souhait de devenir auto-entrepreneur s’est fait très rapidement » : la jeune créatrice explique avoir dû faire face à de nombreuses discriminations au cours de ses expériences. Originaire des Aubiers, elle affirme des valeurs très fortes autour de cela. « Je pense que tout le monde a une chance, et on met ces jeunes avec des étiquettes alors que ce sont des petites pépites », insiste-t-elle. C’est en partant de ce constat-là que Mélina Pulval-Dady a décidé de créer son entreprise, afin que ces jeunes puissent parler et se montrer : « Je me suis dit pourquoi ne pas les aider en créant des vêtements, parce qu’ils adorent ça ».

Je n’ai pas peur d’être associée aux quartiers prioritaires, je suis fière de venir de là-bas

« ON VA ORGANISER DES ÉVÉNEMENTS »

Mélina Pulval-Dady © DR

Alors, pour toucher ces jeunes, la créatrice a déjà diverses pistes : « on va faire des partenariats avec des associations locales, où on va organiser des événements sportifs, on va être présent dans les quartiers, mettre en place des pop-ups ». La Bordelaise a d’abord dû passer par plusieurs étapes avant de créer son entreprise. Elle a dans un premier temps suivi une formation en ligne avec « les élévateurs », puis a rejoint CitéLab à Cenon. « Pour le financement, c’est l’ADIE qui m’accompagne », ajoute-t-elle. Déterminée à réussir, elle travaille encore parallèlement : elle étoffe donc son projet sur son temps libre.

Ces jeunes sont des petites pépites

UNE OUVERTURE PRÉVUE EN AVRIL

« L’ouverture aura lieu d’ici avril » : Mélina n’attend plus que la validation de son dossier de financement pour franchir la prochaine étape. « Tout est déjà bouclé, les fournisseurs, les mannequins, la logistique », développe la Bordelaise. Pour autant, elle reste réaliste : « je sais qu’il y a une pérennité de 3 ans lorsqu’on crée une entreprise, je ne m’attends pas à toucher du bénéfice tout de suite ». « Ensuite, j’aimerais ouvrir une petite boutique d’ici 5/6 ans », ajoute-t-elle. Aussi, l’entrepreneure a pour objectif d’ouvrir une partie seconde-main à l’intérieur de cette boutique. Le but : montrer à ces jeunes que l’écoresponsabilité fait partie du quotidien. « C’est une grande fierté » : la jeune créatrice de vêtements fait elle aussi partie des lauréats régionaux du concours Talents des Cités, concours qui récompense les porteurs de projets et entrepreneurs issus ou installés dans les Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville. Au-delà de la visibilité qu’offre cette récompense, elle explique avoir été touchée de l’intérêt qu’on a pu porter à son projet. « Je n’ai pas peur d’être associée aux quartiers prioritaires, je suis fière de venir de là-bas », conclu-t-elle.

 

                LE CONCOURS TALENTS DES CITÉS EN BREF

Créé il y a 20 ans, le concours Talents des Cités a pour but de soutenir et valoriser l’initiative
entrepreneuriale des Quartiers Prioritaires. Lancé à l’origine par le ministère de la Cohésion des Territoires,
il est aujourd’hui soutenu par le ministère chargé de la Ville, financé et piloté par Bpifrance dans le
cadre du programme Entrepreneuriat Pour Tous. Chaque année, le concours récompense les porteurs de
projets et entrepreneurs dans deux catégories : Émergence (destinée aux porteurs de projet en
cours de création. Ces entrepreneurs n’ont pas encore immatriculé d’entreprise. Les entrepreneurs en
couveuse s’inscrivent dans cette catégorie), et Création (destinée aux créateurs d’entreprise
en activité depuis moins de trois ans). À la clé, pour les lauréats du concours : une dotation financière
comprise entre 1 000 € et 7 000 € et une mise en visibilité par Bpifrance et ses partenaires