Couverture du journal du 04/12/2020 Consulter le journal

Air France, un nouveau départ ?

Sévèrement impacté par la crise du Coronavirus et le confinement depuis le 17 mars, le groupe Air France-KLM va bénéficier d’un financement de 7 milliards d’euros de l’état pour traverser la crise et préparer l’avenir. L’avenir proche, c’est une légère reprise des vols à partir du 11 mai.

Air France continuera à vivre. Malgré cette turbulence majeure, cette crise cataclysmique et inédite du coronavirus, qui a immobilisé tous ses avions à l’instar des autres compagnies aériennes depuis plus d’un mois, le groupe Air France-KLM voit poindre le bout du tunnel très progressivement. Face au besoin de liquidités impérieux qui se faisait attendre pour le troisième trimestre 2020, des discussions ont été engagées avec les États français et néerlandais afin de préserver la solvabilité de la compagnie. Ainsi un mécanisme de financement a été annoncé à hauteur de 7 milliards d’euros décliné en deux volets : un Prêt Garanti par l’État français (« PGE ») d’un montant de 4 milliards d’euros octroyé par un syndicat de six banques à Air France-KLM et Air France. Ce prêt bénéficie d’une garantie de l’État français à hauteur de 90 % et d’une maturité de 12 mois, avec deux options d’extension d’un an consécutives, exerçables par Air France-KLM ; un prêt d’actionnaire de l’État français à Air France-KLM d’un montant de 3 milliards d’euros et d’une maturité de quatre ans, avec deux options d’extension d’un an consécutives exerçables par Air France-KLM. L’État néerlandais a également affirmé son intention de soutenir le groupe KLM. Les discussions se poursuivent afin de finaliser les modalités d’un soutien additionnel. 

« Cette aide, c’est aussi la reconnaissance du rôle stratégique que joue notre groupe au service de la France, des Pays-Bas et de nos concitoyens », a déclaré Anne-Marie Couderc, présidente du groupe Air France-KLM dans un communiqué où elle remercie l’État français. « Ce soutien et le plan d’actions du groupe nous permettront de traverser cette crise et d’aborder l’avenir d’Air France-KLM avec ambition et détermination », a indiqué Benjamin Smith, directeur général du groupe. En contrepartie, l’État a demandé à la compagnie aérienne de prendre des « engagements écologiques », a affirmé la ministre des Transports Élisabeth Borne. Parmi eux : « Réduire les émissions de CO2 par passager, réduire de 50 % les émissions de CO2 sur les vols domestiques d’ici 2024, l’utilisation de biocarburant… », a énuméré la ministre interrogée sur Europe 1 le 24 avril dernier. « Cela passe aussi par une réflexion sur le réseau d’Air France dans le pays, en particulier lorsqu’il y a des alternatives ferroviaires de moins de 2 h 30 », a-t-elle ajouté. 

Depuis le début de la crise du Coronavirus, malgré une baisse brutale de l’activité et les fermetures de frontières successives, Air France a pourtant continué à faire voler quelques avions. Avec une offre représentant à ce jour moins de 5 % de son activité habituelle, la compagnie a maintenu un programme minimum de vols justifié par les derniers rapatriements de clients et la continuité territoriale, notamment vers l’Outre-Mer. Parmi les destinations desservies : 3 en France métropolitaine (Toulouse, Marseille et Nice), une quinzaine de villes européennes et une vingtaine de pays à travers le monde. À ce jour, plus de 270 000 personnes dont 155 000 Français ont été rapatriées. Ces vols ont aussi permis – et il faut le souligner – le transport de fret, notamment l’acheminement de matériel médical ou de denrées alimentaires. L’activité Cargo d’Air France participe encore activement au pont aérien entre la France et la Chine, en exploitant notamment des avions B777 habituellement réservés au transport de passagers. Comme nombre d’entreprises françaises, le groupe prépare un plan de reprise de ses activités en commençant par une légère augmentation de l’offre sur les vols intérieurs. Selon des sources diverses, deux vols par semaine entre Bordeaux et Paris-Roissy-Charles-de-Gaulle reprendraient ainsi à partir du 11 mai le lundi et le vendredi, mais cette information n’a pas été encore confirmée par Air France. « L’activité restera cependant très dépendante de l’ouverture des frontières ainsi que des réservations de ses clients », nuance avec la plus grande prudence la compagnie dans un communiqué. Bref, le redécollage de la compagnie française historique créée en 1933 sera très progressif.