Couverture du journal du 27/11/2020 Consulter le journal

Vins de Bordeaux, péril en le demeure

Les vins de Bordeaux perdent de la vitesse : déficit d’image, marchés américain, français, chinois en berne, primeurs annulés… Le président du CIVB Bernard Farges ne souhaite pas renoncer et cherche à renouveler l’image des vins bordelais.

Bordeaux veut changer son image. Un peu trop surannée et conservatrice, elle ne séduit plus autant les consommateurs. Bernard Farges, président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) a fait le point sur l’actualité du vignoble bordelais le 10 mars à Paris. Qu’il soit français, chinois ou américain, le marché des vins de Bordeaux est en berne. Sur le marché chinois, c’est la concurrence des vins chiliens et australiens qui est en question. Une situation dramatique amplifiée d’abord par les mouvements sociaux à Hong Kong et bien sûr la crise du coronavirus qui affecte toute la Chine. Le marché américain est lui fortement pénalisé par la taxation de 25 % mise en place par le gouvernement Trump. Quant au marché français (56 % de la commercialisation) il accuse une baisse de 20 % des volumes en 5 ans. D’autres marchés secondaires restent toutefois en excédent : augmentation des exportations vers l’Allemagne et le Japon, tandis que celles vers le Royaume Uni se maintiennent malgré le Brexit. Ces reculs interviennent dans un contexte déjà en perte de vitesse : « la tendance est à la modération », a estimé Bernard Farges. 

Alors que le nouveau millésime s’annonce prometteur, avec une récolte de 4,9 millions d’hectolitres tout à fait dans la moyenne, il présente de belles qualités : de la fraîcheur pour les vins blancs et rosés, de la souplesse et de l’équilibre pour les vins rouges. Le président du CIVB a insisté sur les avancées environnementales : en seulement 5 ans, plus de 65 % des surfaces bordelaises sont certifiées par une démarche environnementale contre 35 % auparavant. Une volonté de transition écologique pour un vignoble engagé et durable, qui respecte la biodiversité, réduit son empreinte carbone et qui répond aux attentes des consommateurs. Cette volonté s’accompagne d’une démarche RSE très forte. « Notre association du SME (Système de Management Environnemental) rassemble à ce jour 900 entreprises », a en outre déclaré le président avant de préciser : « nous avons constitué un groupe pilote d’une trentaine d’entreprises bordelaises, qui se réunit régulièrement sur le sujet de la RSE depuis mars 2019 ». L’utilisation de produits phytopharmaceutiques a augmenté de 15 % en 2018, excellente nouvelle pour le CIVB qui l’interprète comme « un changement massif, profond et durable des pratiques ». 

Il a également souligné la progression constante de l’utilisation de produits autorisés en agriculture biologique (principalement soufre et cuivre). Quant à aux ventes de pesticides, elles correspondent, selon le Conseil, à la pression exceptionnelle du mildiou en 2018, et à l’anticipation des achats en prévision de l’augmentation de la taxe RPD (Redevance Pollution Diffuse) au 1er janvier 2019. 

Face à ces différentes difficultés, les vins de Bordeaux veulent changer leur image : ils « sont toujours synonymes de tradition, d’héritage et de cherté ! » a regretté le président du CIVB qui plaide pour que Bordeaux fasse son « coming out ». Une action qui visera en priorité les professionnels : prescripteurs : sommeliers, influenceurs, restaurateurs, cavistes, etc. Incarner Bordeaux à travers ceux qui le fabriquent, ceux qui l’aiment et le dégustent, c’est le pari à venir.