Couverture du journal du 01/06/2026 Le nouveau magazine

[ Reportage ] À Mérignac, Dassault monte en cadence sur le Rafale

L'avionneur tricolore a ouvert les portes de ses hangars au ministre de l'Industrie qui a pu visiter, le 16 juin, les lignes d’assemblage du Rafale et du Falcon à Mérignac.

Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'Industrie, aux côtés d'Eric Trappier, PDG de Dassault © Dassault Aviation – V. Almansa

Le hangar est vaste, lumineux et surtout relativement silencieux malgré les 22 Rafale en cours de préparation. Et pour cause : le site de Mérignac est dédié à l’assemblage de l’avion de combat de l’industriel Dassault. Tous les éléments constitutifs du Rafale sont produits sur d’autres sites, notamment Martignas-sur-Jallle en Gironde pour les voilures ou Cergy en région parisienne pour les fuselages, puis acheminés par camion vers Mérignac.

Ici, 150 personnes sont à la manœuvre pour un travail d’assemblage, de câblage, d’ajustage. Pas de robot, tout est manuel. Les équipements techniques sont en revanche enterrés et commandés par tablette pour des raisons de sécurité. « 400 entreprises participent à la fabrication d’un Rafale » rappelle Eric Trappier, le PDG de Dassault qui a fait visiter la ligne d’assemblage au ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, mi-juin, en présence de la préfète Sophie Brocas, d’élus locaux et de la presse.

Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, aux côtés d’Eric Trappier, PDG de DassaulL © Dassault Aviation – V. Almansa

De 2 à 4 Rafale par mois

Dans ce bâtiment spécifiquement dédié au Rafale, les aéronefs alignés sur deux rangées roulent au fur et à mesure du montage jusqu’à arriver à l’autre extrémité du bâtiment qui ouvre sur une piste. Les dernières étapes sont réalisées sur place, à savoir les essais de tous les systèmes de l’avion puis la mise en vol. Les avions restent entre six et sept mois sur le site, mais entre la commande et la livraison, il faut compter en moyenne trois ans et demi, rappelle Eric Trappier.

En pleine montée en cadence, Dassault sort actuellement deux Rafale par mois et vise quatre avions par mois à horizon 2028 ou 2029. « Fin 2025, le carnet de commandes de 220 Rafale nous assurait du travail jusqu’en 2031 », précise Eric Trappier qui a depuis signé un contrat record avec l’Inde pour la livraison de 114 avions. « Tous les avions assemblés à Mérignac sont destinés à l’international », souligne Eric Trappier qui l’assure : « l’économie de guerre, c’est l’export. »

Standard F5

La nouvelle loi de programmation militaire ne prévoit d’ailleurs pas de commandes d’avions par l’État français. « Dans les temps qui viendront, un certain nombre d’avions seront à renouveler dans notre flotte militaire. Cela se fera en temps et en heure », a réagi le ministre Sébastien Martin. « Des arbitrages ont été faits et les budgets serviront à moderniser le Rafale et à lui donner une durée de vie encore plus longue », a ajouté Eric Trappier. « Cela permettra d’avoir de nouvelles commandes de Rafale pour nos armées françaises, mais aussi pour l’export car nous arriverons avec le Rafale Standard F5. »

En apparence détendu, malgré le récent échec du projet d’avion de combat du futur (SCAF) franco-allemand, Eric Trappier assure travailler sur un nouvel avion. « Quand, comment et avec qui. Je garde à ce stade ces informations, mais il y en aura un ! »

3 000 personnes à Mérignac

Coté civil, Dassault renouvelle également la gamme Falcon. L’industriel a dévoilé en mars le dernier-né de ses avions d’affaire, le 10X capable de voler 14 000 km sans escale. En attendant, le Falcon 6X est assemblé en face de la chaîne des Rafale. « L’avantage, c’est que les technicités sont identiques. Les chaînes se répondent. Les compagnons peuvent passer de l’une à l’autre », explique Eric Trappier. Une quarantaine de Falcon sont actuellement livrés chaque année. Mais « nous sommes capables de faire plus », assure Eric Trappier.

Sur la chaine d’assemblage dédiée au Falcon. © Hélène Lerivrain

Sur la chaine d’assemblage dédiée au Falcon. Hélène Lerivrain

Plus de 3 000 personnes travaillent actuellement sur le site de Mérignac. Parmi elles, de plus en plus de jeunes, dans le cadre des nouveaux recrutements et en raison des départs à la retraite. Une bonne nouvelle pour Eric Trappier, par ailleurs président de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), même s’il faut apprendre les gestes et la culture de l’entreprise et que « cet apprentissage prend du temps. »

Un fonds de 150 M€ pour les PME et ETI de la Défense

La Nouvelle-Aquitaine, l’Occitanie et la Bretagne, qui concentrent plus de 1 300 entreprises de la base industrielle et technologique de défense, s’allient. À l’occasion du salon Eurosatory, les trois régions ont annoncé, le 17 juin, la création d’un nouveau fonds interrégional dédié aux PME et ETI stratégiques de l’industrie duale et de la défense. Majoritairement privé, il est soutenu par de grands industriels de la défense, des investisseurs institutionnels et des banques. La taille cible pourrait atteindre 150 millions d’euros.