Avec en France près de 750 000 entreprises potentiellement concernées par une transmission au cours des dix prochaines années (selon la Proposition de loi visant à assurer la pérennité des entreprises en facilitant leur transmission – Assemblée Nationale, n° 2185 – 2024), on comprend mieux les enjeux de la bonne maîtrise des mécanismes de la transmission d’entreprise. Le phénomène est d’autant plus pressant qu’il est marqué par le vieillissement des dirigeants : 25 % d’entre eux ont déjà plus de 60 ans et 11 % ont dépassé les 66 ans (selon l’étude Bpifrance de novembre 2025). 30 000 entreprises disparaissent chaque année faute de repreneurs !

Alain MEIAR, maître de conférences, IAE Bordeaux © Louis Piquemil – Echos Judiciaires Girondins
Des freins forts
Plusieurs facteurs se conjuguent pour limiter l’efficacité des transmissions en France. Fiscalité, bureaucratie, tissu capitalistique sont bien souvent évoqués sur le volet technique et les textes successifs ont d’ailleurs contribué à améliorer les conditions de transmission de ce point de vue. Mais il faut aussi faire avec une conjoncture perçue comme difficile marquée par un manque de transparence et une instabilité politique et fiscale. Les avis convergent, à l’instar d’Anne Bataille, responsable transmission de la CCI, pour souligner « des freins très forts sur les déclenchements, sur la sélection des acquéreurs et sur le financement derrière ». Et au-delà des freins objectifs qui sont bien identifiés, la dimension psychologique et relationnelle reste encore le principal angle mort de la préparation.
Cette dimension émotionnelle est pourtant présente à chaque étape de la vie entrepreneuriale, que ce soit pour motiver la création ou la reprise, pour gérer au quotidien l’entreprise ou l’orienter dans les décisions structurantes. Même les spécialistes peinent à expliquer le phénomène : « Certains ne pensent même pas à vendre […]. La majorité des cédants veulent céder à leur fils spirituel », observe Arnaud Peyrelongue (CRA)[1]. Au final, moins d’une entreprise « transmissible » sur trois est effectivement cédée par son propriétaire en France en 2023. Une telle destruction de valeur interpelle : ces organisations sont bien souvent le fruit d’une vie de travail et contribuent au dynamisme du territoire comme à l’accès au travail de très nombreuses familles. Quand on sait qu’une entreprise reprise a plus de chances de survie à cinq ans qu’une création, on comprend tout l’enjeu de mieux accompagner les cédants dans la préparation de leur sortie.
Une entreprise reprise a plu…