Couverture du journal du 06/06/2024 Le nouveau magazine

Gironde – Sovia, une entreprise qui pèse lourd

Malgré un contexte difficile de pénurie de pièces, SOVIA, installée à Bordeaux-Nord, spécialisée dans la vente de poids lourds et utilitaires tout en assurant leurs réparations, connaît une croissance soutenue. Diane Duvert, actuellement vice-présidente de la CCI, a repris le flambeau de cette entreprise familiale créée en 1950 par son grand-père. Cette dirigeante, rare femme dans un milieu d’hommes, se bat pour faire changer l’image du transport routier.

Diane Duvert, SOVIA

Diane Duvert, PDG de SOVIA © Atelier Gallien - Echos Judiciaires Girondins

Malgré le bruit du magasin, la porte est restée ouverte pendant tout e notre interview. « C’est l’idée que je me fais de ma société », prévient Diane Duvert, directrice générale de Sovia et vice-présidente de la CCI Bordeaux Gironde, qui affiche une affable simplicité, « ma porte n’est jamais fermée. Je suis très proche de mes collaborateurs, Nous sommes tous un maillon de la chaîne. »

LE PETIT MONDE DES POIDS LOURDS

Si la société affiche un chiffre d’affaires de 25 millions, la DG nuance l’importance des marges : « C’est un métier qui mobilise beaucoup d’argent, qui est très professionnel, on ne s’adresse qu’à des professionnels ». Les clients sont principalement en Gironde, un peu dans les Landes, mais ils peuvent venir de la France entière. Dans ce monde restreint, la concurrence l’est tout autant et se limite aux 6 autres marques de poids lourds : Renault, Volvo, Scania, Iveko, MAN et DAF ! « On vient de sortir une nouvelle génération de véhicules, qui sont très ergonomiques, avec de nouvelles cabines, qui ont reçu le prix européen du meilleur véhicule de l’année. » Et de se targuer : « Nos camions sont les plus appréciés des chauffeurs ! » Elle regrette que les camions aient une mauvaise image et souligne le fait qu’ils ont été « Euro 6 » (norme antipollution) bien avant les voitures : « on a eu des boitiers électroniques bien avant, ce sont des véhicules bien plus écologiques que la plupart des voitures. Depuis 2017, ils sont compatibles pour rouler à l’huile mais il n’y a pas de source d’approvisionnement. »

PÉNURIE DE PERSONNEL

Si Diane Duvert est vent debout face à la mauvaise image des poids lourds, c’est qu’il en résulte une grosse difficulté pour la profession de recruter. « Cette mauvaise image auprès du grand public crée une pénurie de personnel extrêmement grave. Il n’y a pas assez de candidats, que ce soit en mécanique chez nous ou en chauffeur chez les transporteurs. » Depuis 10-15 ans, la société peine à recruter des mécaniciens : « Un mécanicien poids lourd, ça gagne 3 000 € par mois à 25 ans ! Vous connaissez beaucoup de professions comme ça ? », interroge-t-elle. Le phénomène s’est aggravé avec le développement de la société qui a considérablement agrandi son parc de véhicules. « Heureusement que nous avons peu de turn-over », mais ces difficultés de recrutement ralentissent les possibilités d’extension. Comme dans d’autres secteurs, elle a trouvé la solution dans le recours aux apprentis : « On n’en a jamais eu autant que cette année. Il y en a dans tous les services ».

Un mécanicien poids lourd gagne 3 000 € par mois à 25 ans !

Diane Duvert, SOVIA

© Atelier Gallien – Echos Judiciaires Girondins

TSUNAMI

L’autre grosse difficulté est bien évidemment celle de la pénurie de pièces. « On a eu 2 vagues », rapporte Diane Duvert. La société n’a pas été impactée dans un premier temps comme l’ont été d’autres professions (restauration, tourisme, événementiel, commerces etc.) qui ont eu un choc très violent. « Nous, on a continué à travailler. Parce qu’il fallait continuer de réparer les camions, parce que les camions ont continué à rouler pour approvisionner les magasins et assurer les livraisons. Les chauffeurs n’avaient plus de restaurants, plus de sanitaires, mais ils ont continué à travailler. On n’a pas pensé à eux ! » Les ateliers et le magasin ont continué à tourner à plein régime. Mais le tsunami est survenu pour la profession quand il a commencé à y avoir des pénuries de composants à partir de mai 2021 ; « les bateaux n’arrivaient plus à revenir d’Asie. On a vécu quelques mois apocalyptiques : on ne pouvait plus livrer nos clients ». Et lorsqu’ils peuvent enfin livrer, les prix affichent + 5 % + 10 %. Une augmentation qu’il est impossible de répercuter : « On ne peut pas facturer un camion 90 000 € et finalement dire qu’il coûte 95 000 ! Tout notre système de fonctionnement s’est écroulé ! Au niveau commercial, ça a été une révolution. » Ces changements seront sans retour en arrière, elle en est persuadée. Les pièces détachées deviennent alors chères et pénuriques. Il commence à manquer des pièces sur les camions. « Il nous était impossible de livrer un camion sans commande de lève-vitre ou de pédale d’accélérateur », plaide-t-elle, « Les clients ne comprenaient pas pourquoi on augmentait les prix, pourquoi on ne livrait pas les camions qui étaient pourtant dans notre parc. Ça a été extrêmement compliqué. »

L’EFFET DOMINO

Et par effet domino, les réparations dans les ateliers commencent également à bloquer. Les collaborateurs sont tellement pressurés que l’équipe commerciale a été totalement renouvelée. « On a vécu une année très perturbée. » Alors que les choses se remettent peu à peu en place en mars 2022, le contexte est de nouveau compliqué par la guerre en Ukraine : « Heureusement nous n’avions pas d’usine là-bas. Un de nos concurrents a eu une usine qui a sauté, il a dû annuler tous les bons de commande et fermer ! ». Parmi les effets domino, le secteur se retrouve aussi avec une pénurie de pneus : la poudre noire avec laquelle on les fabrique vient de Russie. Certains composants viennent de nouveau à manquer. Tout cela vient recasser les nouveaux process. « Le marché est très demandeur de véhicules. Mais en 2 ans, les prix ont pris 30 % ! ». Dans l’utilitaire, on est maintenant à plus de 1 an de délai. Dans le poids lourd, c’est différent. Certaines marques contingentent leur revendeur. « Chez DAF, on s’adapte. On est sur 6 mois de délais, soit le 2e trimestre 2023. Comme on n’a aucune visibilité au-delà de 6 mois, donc ils donnent des prix fixes sur 6 mois, avec des prix qui ont augmenté pour assurer leur disponibilité », assure Diane Duvert.

Dans l’utilitaire, on est à plus de 1 an de délai. Dans le poids lourd, on en est à 6 mois

CONTEXTUALISER

Dans ce contexte délicat, la DG de SOVIA explique qu’il a fallu faire beaucoup de pédagogie.

« Comme je suis vice-présidente à la CCI, conseillère à la Banque de France et administrateur au Medef, j’ai des activités qui me permettent d’avoir un regard assez ouvert sur la vie économique. » Cette connaissance lui a permis, selon elle, de contextualiser les choses et de mieux les faire comprendre. « Quand les gens se sentent accompagnés, ils peuvent traverser cette épreuve, même si elle reste difficile. » Membre de l’APM (Association pour le Progrès du Management), Diane Duvert a toujours eu le besoin de s’ouvrir aux autres et de partager des expériences avec d’autres corps de métiers. « Je trouve que c’est enrichissant : j’apporte mon aide, et je reçois beaucoup d’informations très intéressantes. On apporte notre vision et notre problématique de notre secteur d’activité, on recueille celui des autres. » Il faut dire que c’est un syndrome familial : Richard Moraud, son père, a été pendant 40 ans le représentant national puis européen des professionnels de l’automobile et du poids lourd à travers la branche syndicale Mobilians (ex-CNPA). Elle-même en est à son 3e mandat en tant que membre élu régional et départemental à la CCI : « La Chambre a montré son utilité dans l’accompagnement des entreprises. On repart sur les territoires ».

PERSPECTIVES

« Déjà avant, on avait du mal à faire des plans sur 3 ans, alors maintenant ! », s’amuse Diane Duvert quand on l’interroge sur l’avenir. Mais elle veut rester tout de même positive. « On a de beaux produits, on est maintenant numéro 2 en parts de marché avec DAF. On a des vraies forces, de très bonnes équipes. » Même si le contexte économique reste très instable, et que l’on a de grosses incertitudes sur les approvisionnements. « La profession est en train de se restructurer », prévient-elle. « Une certaine génération cesse son activité alors qu’elle était lucrative : les cessations d’activité volontaires sont en hausse de 25 % au greffe. Tout cela nous a contraint à une véritable agilité. On doit se réiventer. »

 

L’ACTIVITÉ DE SOVIA

Concessionnaire Poids lourds (DAF) et Utilitaires (Nissan, Isuzu)

Réparation (poids lourds, bus et utilitaires), vente de pièces détachées

Carrosserie/peinture poids lourds/bus et utilitaires

SOVIA EN CHIFFRES

Création : 1950

40 salariés environ

Chiffre d’affaires : 25 millions d’euros

Prix moyen d’un poids lourd : 100 000 à 110 000 euros

Durée de vie moyenne d’un poids lourd : 4/5 ans

Nombre de ventes de poids lourds/an : 200 à 250

Nombre de ventes d’utilitaires/an : 300