Couverture du journal du 22/01/2021 Consulter le journal

Les risques du télétravail

Alors que le gouvernement incite les entreprises à développer le télétravail, si possible à 100 %, jusqu’à la fin de l’année, GAE Conseil a mené une enquête sur « l’impact du télétravail sur les pratiques addictives des Français en entreprise » et pointe du doigt les difficultés qu’entraîne le travail à distance en matière d’addictions.

télétravail

© Shutterstock

Numérique, tabac, alcool, drogue, médicament, ou encore workaholisme… Suite à la première vague de la Covid-19 et au premier confinement, les addictions des salariés se cumulent et s’amplifient. « Le télétravail accentue les pratiques addictives et celles-ci sont plus fréquentes en télétravail », annonce Alexis Peschard, addictologue et président de GAE Conseil, cabinet conseil indépendant spécialiste de la prévention des pratiques addictives en milieux professionnels. Ainsi, les trois quarts des Français jugent que les salariés ayant une addiction risquent de la voir s’aggraver du fait du télétravail, avec un risque accru pour les personnes déjà identifiées comme fragiles. Et 41 % des salariés considèrent les pratiques addictives comme plus fréquentes en télétravail qu’en présentiel (+ 10 points, par rapport au lieu de travail). Ce sont les constats alarmants faits par GAE Conseil suite aux résultats de son enquête Odoxa*. Première difficulté liée au travail à distance : trois télétravailleurs sur quatre estiment qu’il pose des difficultés d’organisation et de conditions de travail, avec des salariés parfois coupés de leurs managers, la majorité attendant un encadrement et davantage de soutien de la part de leurs supérieurs.

DÉPENDANCE AU TRAVAIL ET ÉPUISEMENT PROFESSIONNEL

Au-delà des sujets de qualité de vie au travail (QVT) et de risques psychosociaux (RPS) classiquement avancés lorsque l’on évoque le sujet du télétravail, « les résultats pointent clairement la question des pratiques addictives des salariés en télétravail comme un sujet majeur de santé », commente l’addictologue. De manière plus inquiétante, 60 % des télétravailleurs considèrent ainsi que le travail à distance présente des risques pour la santé physique et psychologique. En tête des addictions, les risques liés à l’hyper- connexion, plus importants en télétravail, selon 81 % des Français interrogés et 79 % des télétravailleurs. Une addiction qui se définit par une utilisation excessive des outils de connexion associée au besoin important d’être connecté à Internet et aux réseaux sociaux.

Fait nouveau, le workaholism (addiction et dépendance au travail) est accru en télétravail pour la moitié des Français et 61 % des télétravailleurs. Une addiction qui engendre de multiples risques comme de l’anxiété, du stress, une faible estime de soi, du perfectionnisme, une culture de l’hyperperformance et de la compétition dans l’entreprise… et des conséquences négatives (isolement, douleurs musculaires, incapacité à travailler en équipe et à déléguer, manque d’efficacité, surmenage, burn-out…). L’étude montre également que 55 % des télétravailleurs font une corrélation entre télétravail et épuisement professionnel. Au-delà de ces risques directement liés au travail, 75 % estiment que le télétravail augmente la consommation de tabac, 66 % la consommation d’alcool, 55 % de cannabis, 52 % de médicaments et 51 % d’autres drogues. En cause notamment, la solitude, l’ennui et la perte de repères spatio-temporels.

55 % DES TÉLÉTRAVAILLEURS FONT UNE CORRÉLATION ENTRE TÉLÉTRAVAIL ET ÉPUISEMENT PROFESSIONNEL

ACCROISSEMENT DE LA VIGILANCE DE LA PART DES ENTREPRISES

Fort de ces résultats, Alexis Peschard appelle les entreprises et les pouvoirs publics à se mobiliser pour mettre en place « des politiques de prévention adaptées aux nouveaux enjeux du distantiel. Il ne s’agit plus seulement des obligations réglementaires ou juridiques issues du droit du travail. Le déni collectif alimente le déni individuel des personnes souffrant d’addictions. Il y a urgence à en parler ! » D’autant que, si les Français, managers ou employés, sont particulièrement conscients des difficultés que présente le télétravail, 80 % des employeurs estiment qu’il est plus difficile de détecter les addictions lorsqu’un salarié est en télétravail. Pour 79 % des Français, les managers doivent donc redoubler de vigilance pour s’assurer qu’un salarié en télétravail n’a pas de pratique addictive. Devoir de vigilance partagée par 77 % des managers et 75 % des télétravailleurs. Enfin, même lorsqu’une conduite est détectée par l’entreprise, 75 % des Français estiment qu’il est plus difficile ensuite d’aborder le sujet avec les salariés en question en distantiel.

* Étude Odoxa pour GAE Conseil réalisée en ligne du 28 septembre au 6 octobre 2020 auprès de 3 002 Français (dont 1 587 salariés, 598 télétravailleurs et 577 managers)

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