« Tout n’est pas rose. Mais tout n’est pas noir », résume la directrice régionale de la Banque de France en Nouvelle-Aquitaine, Marie-Agnès de Montbron, lors de la présentation de l’enquête sur les prévisions économiques à mi-année (1), aux côtés du nouveau président de la CCI Nouvelle-Aquitaine, Philippe Lassalle Saint-Jean. « L’économie est dégradée et le contexte d’incertitude a un impact élevé sur l’activité des entreprises. Mais il existe encore des opportunités », assure-t-il.
Dans un contexte de croissance mondiale à 3,5 %, et européenne à 0,9 %, la France fait figure de mauvaise élève, avec seulement 0,4 % de croissance attendue en 2026. Si l’inflation doit être contenue, le taux de chômage devrait atteindre 8,5 %. Et seulement 60 % des chefs d’entreprise se disent confiants dans l’avenir de leur activité, selon le baromètre de la CCI NA (2). « Neuf dirigeants sur dix affirment rencontrer des difficultés », précise Philippe Lassalle Saint-Jean.
Les prévisions économiques à mi-année sont donc moins bonnes qu’anticipées au premier semestre, dans tous les secteurs d’activité. Sans même tenir compte des incendies de l’été 2026, les enquêtes ayant été réalisées avant.

Marie-Agnès de Montbron, directrice régionale de la Banque de France en Nouvelle-Aquitaine et Philippe Lassalle Saint-Jean, président de la CCI NA. © Jennifer Wunsch / Échos Judiciaires Girondins
Diversifiée
Dans le détail, « on constate que l’industrie résiste, mais doute », analyse Élodie Stuzmann, responsable Études et finances à la Banque de France NA. Le secteur anticipe une croissance d’activité de 1,7 %, au lieu des 3,8 % estimés début 2026. « Derrière cela, il faut distinguer les filières régionales portées par les grandes tendances mondiales (ASD, fabrication de composants électriques et électroniques) en forte croissance. Et les autres industries, qui stagnent ou se dégradent (agroalimentaire, bois-papier-carton, nautisme…) », explique-t-elle. « L’économie régionale a la chance d’être très diversifiée », remarque Martine Domecq, responsable de l’Information économique à la CCI NA.
Du côté des services marchands, « le moteur tourne encore, mais il a clairement perdu de sa puissance », compare Élodie Stuzmann. « La bonne nouvelle est qu’une croissance de 1,2 % est attendue en 2026 », détaille-t-elle. L’emploi résiste, mais la rentabilité se dégrade, et les investissements se font plus sélectifs.
« L’industrie résiste, mais doute »
L’activité des CHR recule encore. « 54 % des chefs d’entreprise ont constaté une baisse de chiffre d’affaires », précise Martine Domecq. La confiance des dirigeants du secteur dans la pérennité de leur entreprise chute à 57 %.
Dans la construction, « l’activité reste fragile, malgré quelques signaux d’amélioration », assure Élodie Stuzmann. L’activité est attendue en baisse de 0,6 % fin 2026, avec des carnets de commandes qui peinent à se remplir et des effectifs qui diminuent (-5,5 %). « Les chefs d’entreprise du BTP lancent un signal d’alerte sur la rentabilité, le nombre de chantiers baissant et les coûts augmentant », ajoute-t-elle. La construction neuve et le second œuvre souffrent, tandis que la rénovation, l’isolation et la climatisation sont porteurs.
Le commerce, enfin, présente un ensemble d’indicateurs dans le rouge pour la fin d’année. « L’habillement et les chaussures sont les plus en difficultés en raison des nouvelles habitudes de consommation », constate Martine Domecq.
Opportunités
Les conseils de la directrice régionale de la Banque de France : « respecter les équilibres et les fondements économiques, et tenir compte des éléments extérieurs impactant l’activité, comme le changement climatique. La RSE est essentielle pour réussir », affirme Marie-Agnès de Montbron. « Il faut se saisir des mutations et s’adapter à son environnement pour faire des contraintes des opportunités », considère Philippe Lassalle Saint-Jean.
Les Français l’ont compris : ils créent plus d’un million d’entreprises chaque année, dont 100 000 en Nouvelle-Aquitaine. « L’entrepreneuriat reste dynamique, c’est une bonne nouvelle », conclut Benoît Cuisinier-Raynal, directeur adjoint de la CCI NA.