Changer d’échelle sans renier son histoire. C’est l’équation à laquelle Immersion veut désormais répondre. La PME bordelaise, cotée sur Euronext Growth depuis 2016, qui a réalisé 7,47 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et emploie 45 salariés, aurait-elle trouvé la parade pour doper sa croissance ? En investissant pour développer une plateforme 100% SaaS (Software as a Service), Christophe Chartier, son PDG et cofondateur, y voit du moins pour son entreprise un moyen de « grossir plus rentable ».

Pour Shariiing Next-Gen, Immersion a ciblé quatre secteurs prioritaires. © Immersion
Jusqu’à présent son écosystème Shariiing restait étroitement lié au matériel. Commercialisé depuis 2019, il s’appuie sur des équipements tactiles et immersifs et sur une architecture conçue, à l’origine, pour fonctionner en local, à une époque où les industriels, clientèle historique de l’entreprise, se montraient réticents au web pour des raisons de sécurité. Une configuration qui constitue désormais un frein à sa diffusion. « On s’est aperçu depuis quelques années qu’on avait atteint un plafond », constate Christophe Chartier.
« On s’est aperçu depuis quelques années qu’on avait atteint un plafond »
S’affranchir de la dépendance au matériel
C’est précisément ce verrou que doit lever Shariiing Next-Gen. La plateforme sera développée sur une nouvelle architecture, entièrement SaaS. Elle nécessite un investissement de 2,86 millions d’euros, dont 1,287 million au titre de l’aide de l’État dans le cadre de l’appel à projets « Technologies innovantes des univers virtuels immersifs » de France 2030, opérée par Bpifrance. Le solde, soit un peu plus de la moitié du budget, est en cours de finalisation. Démarré en septembre, le programme doit durer deux ans avec comme aboutissement la commercialisation de la solution.
Le changement ne tient pas uniquement à la technologie. Il s’agit de faire sortir Shariiing du seul périmètre des espaces équipés afin de rendre ses usages accessibles depuis n’importe quel appareil et à davantage d’utilisateurs. Pour Immersion, l’enjeu est d’accompagner les entreprises tout au long de leur chaîne de valeur.
À terme, une même information pourrait être exploitée dans un bureau d’études, sur un poste de production, puis agrégée à un jumeau numérique et partagée avec d’autres fonctions de l’entreprise.

L’enjeu pour la PME bordelaise est de faire sortir Shariiing du seul périmètre des espaces équipés afin de rendre ses usages accessibles depuis n’importe quel appareil et à davantage d’utilisateurs chez le client. © Immersion
Scaler
Pour autant, Immersion ne tourne pas le dos au hardware. Sa table collaborative Meetiiim, les écrans et systèmes immersifs continueront d’être commercialisés. « On n’a jamais abandonné d’où on venait », souligne Christophe Chartier.
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L’ambition n’en est pas moins claire : le rapport entre les différentes activités doit évoluer. L’entreprise souhaite, dans les cinq ans à venir, que le logiciel devienne « prépondérant » dans son chiffre d’affaires. « C’est nécessaire pour scaler », justifie le dirigeant. Proposé par abonnement, Shariiing Next Gen devrait assurer des revenus récurrents à l’entreprise, qui ne communique pas la part actuelle du logiciel dans son activité.
Un nouvel état d’esprit
Ces deux années ne serviront pas seulement à développer la nouvelle architecture. Immersion doit aussi adapter son organisation à un modèle davantage tourné vers le logiciel. « On est vus comme des gens du hardware », reconnaît le dirigeant. « Il faut transformer l’entreprise vers le software, il faut un nouvel état d’esprit, de nouvelles personnes. »
« Il faut transformer l’entreprise vers le software, un nouvel état d’esprit »
Pour mener ce chantier, Immersion sera épaulée par Bpifrance dans le cadre de l’accélérateur « Biens d’équipement », dont la quatrième promotion doit débuter en décembre pour dix-huit mois.
Rester agile
Pour développer sa nouvelle plateforme de collaboration, Immersion cible quatre domaines prioritaires : l’enseignement supérieur et la recherche, l’ingénierie et la production, les collectivités et la ville du futur, la défense et la sécurité. Des acteurs de ces secteurs sont en discussion pour devenir pilotes du projet. « Des clients historiques », élude Christophe Chartier.
Pour le PDG et ses équipes, l’enjeu est aussi de démontrer que même à 32 ans, une entreprise peut « rester agile ».