Vignoble bordelais : un pari rosé

Longtemps éclipsé par le modèle provençal et relégué à une production secondaire dans le vignoble bordelais, le rosé émerge comme un relais de diversification pour les châteaux. Portée par une montée en gamme et l’évolution des modes de consommation, cette couleur attire désormais les grands crus et ouvre de nouvelles perspectives commerciales, en France comme à l’export.

Château Quincarnon

Mathilde et Gabriel Aseretto, propriétaires du château Quincarnon ont repris le domaine familial. © Louis Piquemil - Échos Judiciaires Girondins

Première productrice, première consommatrice, première importatrice (en quantité) et première exportatrice (en valeur), la France est sur la première marche du podium pour les vins rosés. Dans le vignoble bordelais, la production de vin rosé représente 4 % de la production totale. Mais sa consommation reste stable, contrairement au marché des rouges, et représente souvent pour les châteaux un produit certes secondaire mais fiable.

Grands crus classés

Longtemps boudé, voire méprisé, le rosé séduit maintenant jusqu’aux grandes propriétés. Dans le Médoc, château Giscours, grand cru classé de 1855, appellation Margaux, a lancé en 2019 son rosé X Giscours. Une cuvée totalement assumée par le domaine qui assure « une véritable signature qui fera changer d’avis sur le rosé bordelais ».

Le château Carbonnieux, grand cru classé de Graves, d’appellation Pessac Léognan, produit depuis 2022 un vin rosé issu d’une parcelle de syrah de 2,5 hectares plantée en 2018. Avec une belle acidité, ce 100 % syrah offre un équilibre entre structure et fraîcheur. Après un millésime 2025 moins important, la production doit se maintenir autour de 18 000 bouteilles. « Ça capte une clientèle plus jeune, remarque Philibert Perrin, copropriétaire du château. Ça fait connaître Carbonnieux, c’est la porte d’entrée qui nous manquait. »

Le château Smith Haut Lafitte (autre grand cru classé appellation Pessac Léognan) commercialise également son Haut de Smith rosé (cabernet sauvignon et merlot) depuis quelques années, alliant une complexité aromatique à une bouche à la fois énergique et soyeuse.

33 % des volumes produits

Avec 18,5 millions d’hectolitres, les vins rosés représentent 10 % de la consommation mondiale de vins tranquilles (vins non effervescents, ndlr.) selon une étude de l’observatoire mondial du rosé sur l’année 2023 parue en juillet 2025. Cette consommation s’inscrit dans une tendance baissière très modérée jusqu’en 2023 mais qui a rebondi de 6,3 % en 2024 et 2025. Les trois plus gros consommateurs demeurent la France, suivie de l’Allemagne puis des États-Unis avec 53 % des volumes mondiaux.

La production mondiale, qui représente 10 % de l’ensemble des vins, a aussi bondi pour atteindre 22,5 millions d’hectolitres en 2023. La France est le premier producteur avec 33 % des volumes, suivie de l’Espagne (21 %) de l’Italie (11 %) puis des États-Unis (8 %). En 2023, la France est la première destination des vins rosés importés en volume, souvent d’Espagne, très peu valorisés, majorita…

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