Elles sont la huitième génération à la tête de l’entreprise familiale, le négociant en vins Maison Salin, créé en 1798. Et pour la première fois, ce sont des femmes. C’est peu dire que la pression qui pèse sur les épaules d’Astrid Colas-Salin, l’aînée de 38 ans, présidente, et de Capucine Minard-Salin, la cadette de 36 ans, directrice générale, est grande. D’autant que sous la direction de leur père, Frédéric Salin, PDG de 1985 à 2025, l’entreprise est passée de 4 à 45 salariés, avec un chiffre d’affaires annuel entre 35 et 40 millions d’euros et un maître-mot : rentabilité.
« Les entreprises familiales ont une stratégie qui s’écrit sur le temps long. En tant que dirigeantes, notre but est de transmettre quelque chose de plus grand que ce qu’on a reçu. L’entreprise a tenu sur huit générations, il ne faudrait pas qu’elle s’arrête avec nous ! », lancent, souriantes, Astrid et Capucine Salin. « Et puis nous avons envie de marquer l’entreprise de notre empreinte. Il ne faut pas rester toute sa vie la « fille de », il faut savoir s’émanciper ! », tranchent les deux sœurs.

Le nom de Maison Salin était auparavant « Pierre Salin fils aîné », puisqu’elle se transmettait à chaque fils aîné de la génération suivante. © Louis Piquemil / Échos Judiciaires Girondins
Légitimité
Tout n’a pourtant pas été simple. « La plus grande difficulté, c’est la légitimité. Il faut trouver sa place par rapport au père, aux équipes, aux clients, aux fournisseurs, dans un monde assez masculin. On est attendues au tournant », perçoit Astrid Salin. Les deux sœurs déroulent néanmoins leur stratégie axée sur la digitalisation, la transparence, la communication, la RSE… « Au début, notre père nous a prises pour des folles. Ça a été un vrai challenge d’embarquer les équipes », admettent-elles. D’autant qu’il était toujours dans l’entreprise.
La famille se fait accompagner par l’association familiale Mulliez. « Nous avons fait tout un travail avec nos parents, notre frère, qui est actionnaire dans la holding, nos conjoints. Parce que trouver la limite personnel-professionnel était essentiel », poursuivent Astrid et Capucine Salin. Elles ont également intégré le premier Cercle girondin des enfants dirigeants d’entreprise familiale (Cedef), où elles ont pu « avoir un partage d’expériences qui nous a énormément fait évoluer ».
Enfin, elles peuvent compter l’une sur l’autre. « C’est une force d’être à deux, nous sommes à la fois différentes, complémentaires et alignées. Nous avons les mêmes valeurs et objectifs à long terme », constatent, complices, Astrid et Capucine Salin, qui l’affirment toutes les deux : « je n’aurais pas repris l’entreprise sans ma sœur ».
Développement
Présente en France, en Chine et en Autriche, Maison Salin réalise la moitié de son chiffre d’affaires à l’international, et dispose de ses propres marques de vins. « Nous sommes l’intermédiaire entre les propriétés viticoles et leurs clients B2B. Nous distribuons 85 % de grands crus classés et 15 % de petits châteaux, principalement des vins de Bordeaux », décrivent celles qui souhaitent redynamiser ce marché.
Elles s’appuient sur une quinzaine de commerciaux, actifs auprès des restaurateurs (CHR), cavistes, importateurs et surtout de la grande distribution et ses magasins de proximité. « Nous sommes très présents en direct magasin », indiquent-elles. Leur chai de 14 000 m2 avec sa plateforme logistique, situé à Blanquefort, peut contenir jusqu’à 8 millions de bouteilles.
Pour faire grandir l’entreprise et préserver sa marge, Astrid et Capucine Salin ont commencé à élargir leur gamme. « Nous regardons aussi les nouveaux modes de consommation (sans alcool, vins légers…), sans nous précipiter », détaille Capucine Salin. « Nous sommes à l’écoute des opportunités, pour acheter une propriété viticole, par exemple », confie Astrid Salin. « Nous allons tester des choses en restant agiles, notre stratégie doit pouvoir évoluer », s’accordent-elles.

© Louis Piquemil / Échos Judiciaires Girondins
Transmission
Et après ? « Nous aimerions transmettre l’entreprise à nos enfants. Sans qu’ils se sentent obligés », insiste Capucine Salin, qui n’avait pas prévu de rejoindre l’entreprise. « Je pense qu’inconsciemment, nous avons été préparées à cette reprise et avons fait des choix en conséquence », analyse Astrid Salin.
« Nos enfants sont fiers, ils nous voient travailler en famille, heureux. Ma fille de dix ans veut vendre du vin plus tard », confie la présidente de la Maison Salin. La relève se prépare déjà, et elle sera familiale.
« En tant que dirigeantes, notre but est de transmettre quelque chose de plus grand que ce qu’on a reçu »
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