À Andernos, la petite entreprise familiale Protac va bientôt fêter ses 50 ans. Depuis mai 2024, elle est dirigée par Dominique Gautrenneau et son fils, Vincent, qui l’accompagne comme directeur financier et prépare progressivement sa succession.
C’est ici, dans cette petite ville du Bassin que Vincent Gautrenneau a grandi. Après une école de commerce à Lille, spécialisée en finance d’entreprise, des expériences à Milan et San Francisco, puis un master, il rejoint Les Grappes, une start-up de distribution de vins en ligne, et en devient rapidement le directeur financier. Pendant trois ans, il participe à la croissance de l’entreprise, passée à une cinquantaine de salariés, à une levée de fonds et à l’acquisition de trois sociétés. « C’était une aventure très dense », résume-t-il. Au terme de cette expérience, l’entreprise familiale revient dans ses pensées. « Inconsciemment, je pense que tous les choix que j’avais faits auparavant étaient pour me former pour venir ici, notamment sur la partie financière. »
Sans pression
L’entreprise, créée par son grand-père maternel André Laborde en 1978, est spécialisée dans l’aménagement foncier et le lotissement de terrains à bâtir. Depuis une dizaine d’années, elle développe aussi une activité de promotion immobilière. La transmission n’avait rien d’évident.
Après le décès de son beau-père en 2020, Dominique était devenu seul dirigeant. Vincent n’avait jamais subi de pression familiale. « J’avais fait mon cheminement personnel. Je n’avais jamais reçu la pression d’intégrer la société. » Mais, sa mère étant fille unique et lui-même également, son choix déterminait en partie l’avenir de l’entreprise. En mai 2023, il présente à son père un projet à court, moyen et long terme, puis rejoint Protac un an plus tard.
Une dimension affective
Parmi les freins, il relève : « Je voulais être sûr que c’était vraiment mon choix ». Il lui faut aussi s’adapter à un environnement très différent, quitter une start-up dynamique pour une TPE familiale, et découvrir ce secteur : « Je connaissais mal le milieu de l’immobilier, même si j’avais toujours entendu les discussions de la famille ». Il découvre un univers technique et réglementé, avec des projets qui s’étendent parfois sur plusieurs années. L’envie l’emporte toutefois.
« Il y avait la dimension affective. Je venais dans ce bureau depuis tout petit. » Surtout, Vincent peut construire la suite avec son père. « On n’est pas dans une logique de succession mais plutôt de cohabitation. » Vincent prend en charge les fonctions financière, comptable et juridique. Les autres décisions se prennent à deux : acquisition d’une parcelle, structuration d’une opération, taille d’un lotissement, prix, négociation ou suivi des travaux. « On s’entend très bien personnellement. Chacun a conscience de ce qu’il sait faire et ce qu’il peut apporter à l’autre. » Aucune date butoir n’a été fixée. Dominique reste directeur général, conserve la signature et accompagne son fils dans les décisions importantes. « La signature n’influence pas la décision », souligne Vincent.
« Choisir ses combats »
Cette progressivité permet de transmettre le capital, mais aussi la connaissance de l’entreprise, les réseaux et les réflexes acquis au fil des décennies. « Sa décélération viendra avec mon accélération. » La transmission financière doit également être anticipée. « Mon grand-père avait bien préparé les choses avec prudence. On a repris le sujet. »
Depuis son arrivée, Vincent imprime sa marque sans vouloir tout bouleverser. « Jour 1, j’ai eu envie de changer énormément de choses. » Les échanges avec le Cedef 33, qu’il a rejoint pour rencontrer d’autres dirigeants girondins, l’ont aidé à prendre du recul. « J’ai réalisé qu’il fallait choisir ses combats. » Le digital constitue l’un de ses premiers chantiers. Les dossiers papier ont laissé place au logiciel Notion, qui centralise les informations, programme des rappels et permet de synthétiser les données. Un nouveau site internet a été créé et Protac développe sa présence sur les réseaux et les plateformes d’annonces. Ce virage intervient dans un marché immobilier plus difficile. Mais la structure familiale et légère de l’entreprise lui permet d’absorber le choc.
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