Échos Judiciaires Girondins : Vous interviendrez lors des universités d’été des leaders humanistes organisés par l’association girondine Ekivia, sur le thème des « Explorateurs 5.0 et les nouveaux horizons de l’humanité ». Vous considérez-vous comme un explorateur ?
Jean-François Clervoy : Oui ! Tous les astronautes sont membres de l’organisation internationale « Association of Space Explorers ». Pour faire partie des « explorateurs de l’espace », il faut avoir réalisé au moins un vol en orbite. Nous sommes 450 membres sur les 650 hommes et femmes qui ont volé en orbite terrestre à ce jour, de toutes les nationalités : chinoise, coréenne, japonaise, turque, brésilienne, américaine, maltaise, russe évidemment… ainsi que de tous les pays européens.

Jean-François Clervoy, astronaute © Louis Piquemil / Échos Judiciaires Girondins
EJG : Quels sont les enjeux de l’exploration spatiale aujourd’hui et demain pour l’humanité ?
J.-F. C. : L’exploration spatiale a deux volets : habité et inhabité. Le volet inhabité comprend l’exploration du système solaire par des sondes. L’Europe détient le record de la sonde envoyée le plus loin, Huygens, posée sur Titan, une lune de Saturne, à 1,4 milliard de kilomètres de la Terre, sur laquelle les États-Unis veulent envoyer une sonde en 2034. Et il y a l’exploration au-delà du système solaire, avec des télescopes, dont certains se trouvent dans l’espace, comme Hubble, que j’ai eu le privilège d’aller réparer, ou James Webb. D’autres télescopes se trouvent sur Terre, notamment au Chili, sur le plateau de l’Atacama, que l’Europe a choisi pour installer le European Southern Observatory (ESO).
Ensuite, il y a l’exploration habitée, avec des humains. Là, le challenge est de les garder en bonne santé, car dans l’espace, vous êtes soumis à l’apesanteur en continu, aux rayons cosmiques, aux radiations, au risque d’impacts avec des déchets ou des micrométéorites… Après six mois dans l’espace, on est atrophié, déshydraté, irradié, déficient immunitaire. Ce challenge va être encore plus important puisqu’on veut aller plus loin et plus longtemps. Et même si, dans l’espace, nous sommes déjà les champions de l’antigaspillage et du recyclage, il va falloir encore développer de quoi recycler ce qui est nécessaire.

« Dans l’espace, on assiste à 16 levers et 16 couchers de soleil quotidiennement ! », explique Jean-François Clervoy. © Nasa
EJG : La défense et la souveraineté sont-elles des enjeux de l’exploration spatiale ?
J.-F. C. : Officiellement, les missions habitées actuelles sont toutes motivées par des questions civiles et scientifiques, de quête de connaissances. L’exploration consiste à aller là où on n’est jamais allé, pour accroître nos connaissances sur la formation du système solaire, l’apparition du vivant…
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